Needcompany : Place du marché 76

C’est une technique bien connue quand il s’agit d’écrire une pièce de théâtre. On dessine une communauté provinciale et recluse, pour lui infliger un événement désastreux et tragique, généralement un meurtre. Face au cataclysme, quand l’ordre des choses est de toute façon bouleversé, les langues se délient pour libérer les secrets tus et refoulés depuis des décennies. Dans  Place du marché 76 , le village se trouve face à des dizaines de morts et tente de ressouder sa communauté. Bien sûr, c’est l’inverse qui se produit. La pièce de Jan Lauwers est violente, mais tend vers le grotesque. Très espiègle, la Needcompany s’amuse de la distanciation, des changements de costumes à vue, de la scène sur la scène et autres codes du théâtre brechtien, sans oublier de donner un sacré coup d’accélérateur au genre, histoire de vérifier si Brecht a de l’humour. En même temps on est dans la tragédie, car chant et danses ponctuent l’action de façon organique. Et voilà que le théâtre épique, le chœur antique et le Tanztheater ne font plus qu’un, que les excès et folies vont jusqu’à l’adoption d’un bonne dose de Grand Guignol.

On se souviendra longtemps de présences comme celles de Grace Ellen Barkey jouant à la fois le boulanger (sic !) et son fils (si, si). Ou bien la Coréenne Sung-Im Her, ancienne interprète de Jan Fabre. Elle impressionne avec une présence magique et une énergie de furie dans ses parties dansées, en tant qu’immigrée qui succombe à la folie et se révèle être la prostituée du village. Sans oublier Jan Lauwers himself, dans le rôle du conférencier et chef d’orchestre. Et si on est vite perdu dans les méandres de cette folle histoire, il y a heureusement la danse comme ciment d’une dramaturgie en délire. On se concentre donc sur tel ou tel épisode et observe, en cours de route, des spectateurs en larmes et d’autres, en fureur. Car Lauwers est un diable qui fait marcher son cabaret à la manière d’une cage aux folles.

Thomas Hahn

Galeries photo : Laurent Philippe

Du 8 au 17 juillet 2013 – Festival d’Avignon, Cloître des Carmes

Distribution
texte, mise en scène et images Jan Lauwers
musique Rombout Willems (printemps, été),
Maarten Seghers (automne), Hans Petter Dahl (hiver)
costumes Lot Lemm
dramaturgie Elke Janssens
assistanat à la chorégraphie Misha Downey
avec Grace Ellen Barkey, Anneke Bonnema, Hans Petter Dahl, Julien Faure, Yumiko Funaya, Benoît Gob, Sung-Im Her, Elke Janssens, Jan Lauwers, Romy Louise Lauwers, Emmanuel Schwartz, Maarten Seghers, Catherine Travelletti

En tournée :

6 août Biennale de Venise

10 et 11 septembre, La Bâti, Genève

12 et 13 novembre, Kaaitheater, Bruxelles

18 novembre, festival Spielart, Munich

21 et 22 novembre, Scène nationale de Sète et du bassin de Thau

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :