Révélation du Congo

Au Festival d’Avignon, le chorégraphe DeLaVallet Bidefiono s’impose en auteur, avec sa pièce Au-delà

On n’avait jamais douté de la personnalité intense du chorégraphe congolais DeLaVallet Bidefiono. Mais on avait quand même douté de la pertinence de sa présence parmi les lauréats de la Biennale Danse l’Afrique danse en 2008. Doute confirmé au vu de sa pièce suivante, Empreintes/On posera les mots après : sa composition consistait en un déferlement d’énergie impétueuse, canalisée alternativement vers des unissons caricaturalement géométriques (genre danse moderne des indépendances), ou des embrasements de figures académiquement contemporaines.

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Comme cela était maladroit, typique des malentendus persistants entretenus autour des danses venues d’Afrique. Puis on s’agaça, lorsque le metteur en scène français David Bobbée – très « tendance » – fit place à Bidefiono dans sa pièce de théâtre Nos enfants nous font peur quand on les croise dans la rue. Y était redoublé le cliché qui veut que la danse – cet art du corps intuitif ? – amène au théâtre du peps pour le requinquer, mais encore que les noirs – avec le rythme dans la peau ? – insufflent la dose de testostérone qui ferait défaut au mental blanc… Que d’ambiguïtés !

Cet été 2013, DeLaVallet Videfiono est arrivé en Avignon, en tant que compatriote et collaborateur du dramaturge Dieudonné Niangouna, lui-même artiste associé à la direction de cette édition du Festival. Le chorégraphe de Brazzaville s’est vu offrir deux espaces majeurs du festival : d’une part la carrière de Boulbon, d’autre part le cloître des Célestins. Dans le premier site, DeLaVallet Bidefiono a réglé les combats qui émaillent la pièce géante de Niangouna, Shéda. Laquelle a fini par étouffer, sous l’excès incontrôlé du trop de  tout, qu’y a déversé son auteur metteur en scène.

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Au vu de quoi, on n’allait au Célestins que sur la pointe des pieds, craignant on ne sait quel nouveau tintamarre. Que ce soit clair :  Au-delà est en effet une pièce furieuse, survoltée, pleine de tapage et de cris. Au final, on a remarqué de doctes rangs professionnels, instruits des questions interculturelles, pour ne l’applaudir que du bout d’une phalange. Oui, cette pièce a quelques traits toujours susceptibles de flatter les attentes les plus stéréotypées à l’endroit d’une Afrique exotique : il en va de la récurrence de quelques grands tableaux rythmiques déjà évoqués ci-dessus, de la surexposition avantageuse des musculatures viriles dénudées, ou ici et là de mimiques naïvement attachées à transmettre avec force sourires l’enthousiasme de danser.

Puis il y a le reste, par quoi DeLaVallet Bidefiono semble s’être saisi de la grande opportunité avignonaise pour provoquer la déflagration d’un acte majeur. On lui trouve quelque chose d’un chef de commando, conduisant sa troupe d’une dizaine de membres à l’assaut d’un espace. Le cloître des Célestins a ses coursives et ses galeries, ses recoins sombres, ses deux platanes géants en plein milieu. La chorégraphie s’en joue, de même que d’allers et venues dans les gradins, pour insinuer les relances, les suspens, les embrasements, les attentes, les propulsions, les processions d’une dramaturgie des tourments de la guerre et de l’oppression.

Très éclectique, entre danseurs, comédiens, musiciens et chanteur, la distribution est aussi inégale, mais cela convient à l’expression du chaos qui empreint cette pièce. Entre autres, on n’est pas près d’oublier l’inquiétante et percutante figure théâtrale d’un démon urbain rodant dans cette troupe. Au-delà est un titre parfait, pour signifier le transport de cette pièce avec aplomb et engagement, dans le souffle jamais épuisé d’une détermination d’auteur à conduire son propos sans relâche ; le faire entendre et partager en corps.

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Or Bidefiono nous provoque à cet endroit, où, d’un point de vue théorique on refusera jusqu’au bout d’opposer on ne sait quelle force percutante du corps dansant à on ne sait quelle distance tamisée de l’esprit disant. Il n’empêche : en déchaînant les puissances de son art chorégraphique pour lui-même, cet artiste nous aura marqué bien plus que lorsqu’il fut digéré et dilué dans les errements littéraires de la pièce de Niangouna. Dans ce cas, voilà qui fait question.

Gérard Mayen  –  Galeries Photos : Laurent Philippe

Du 19 au 25 juillet 2013 – Festival d’Avignon

Distribution

chorégraphie DeLaVallet Bidiefono
musique Morgan Banguissa, DeLaVallet Bidiefono, Armel Malonga
texte Dieudonné Niangouna
assistant à la chorégraphie Destin Bidiefono
lumière Stéphane ‘Babi’ Aubert
son Jean-Noël Françoise

avec Morgan Banguissa, Jude Malone Bayimissa, DeLaVallet Bidiefono, Ingrid Estarque, Ella Ganga, Armel Malonga, Athaya Mokonzi, Nicolas Moumbounou, Igor Nlemvo Massamba

En tournée

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