Biarritz : Un « Temps d’aimer » en temps forts

Un « Temps d’aimer » qui ouvre avec Cendrillon et se termine sur Coppélia  est-il forcément un événement pour balletomanes? A Biarritz, c’est l’exact contraire. Difficile de trouver plus éclectique dans le paysage festivalier. Et pourtant, on a tout sauf l’impression qu’il s’agit d’un catalogue. Au contraire, chaque spectacle invité représente un vrai défi chorégraphique et intellectuel.

Ce qui différencie « Le Temps d’aimer » des autres festivals est simplement que toutes les approches du mouvement dansé y sont représentées, et ce par des créations et des chorégraphes emblématiques, engagés dans des recherches de fond. Aussi, on y croise aussi bien le contemporain débridé d’Olivier Dubois avec sa  Tragédie révolutionnaire que le baroque printanier de Béatrice Massin (Terpsichore).

Béatrice Massin : Terpsichore

Chez d’autres chorégraphes invités, la danse est affaire de clivages culturels, de traditions et de luttes comme chez Faizal Zeghoudi qui présente « Le chant de la gazelle » et « Le Sacre du printemps », mais aussi  chez Hervé Koubi ( Ce que le jour doit à la nuit ), qui explore ses racines algériennes et les liens culturels, voire les regards croisés entre Orient et Occident. De ces histoires d’arrachement et de déchirement surgit une puissance particulière, portée par de grands ensembles.

Faizal Zeghoudi : Le Sacre du printemps

Hervé Koubi : Ce que le jour doit à la nuit

D’autres chorégraphes mesurent directement l’impact de la violence du monde sur les corps, comme Carlotta Ikeda dans  Un coup de don, pièce d’une blancheur irradiante qui prend racine dans le cataclysme nucléaire (voir la critique https://dansercanalhistorique.com/?s=carlotta+ikeda). Si cette pièce, à fleur de peau (brûlée), est politique, cela passe par le tremblement (de la chair mais aussi : tremblement de terre). Chez les chorégraphes occidentaux, le questionnement du monde marchand et politique porte directement sur les rapports de pouvoir. Pierre-Johan Suc (Cie Androphyne,  […] Ou pas ) s’intéresse aux média : Jeu télévisé, téléréalité, micro-trottoirs, info-spectacle et autres show. La danse y tient sa place, entre musique rock, arts visuels et théâtre. Pas loin de ses préoccupations, on trouve Hervé Robbe, ancien directeur du CCN du Havre, désormais  indépendant avec sa compagnie Travelling & Co. Dans cette première création depuis son départ, il s’intéresse aux Slogans publicitaires ou politiques.

Cie Androphyne : […] Ou pas

Si « Le Temps d’aimer » est un rendez-vous très international (du Brésil à la Corée du Sud, de New York à Nuremberg), il est aussi profondément ancré dans sa région et offre chaque année un aperçu de la création basque. En 2013, Mizel Théret explore les chants d’amour basques, interprétés par cet immense artiste qu’est Benat Aichary. La question du rapport des Basques à leur patrimoine artistique ne cesse de traverser les créations de Théret. L’approche de la Dantzaz Konpainia est toute autre, puisque c’est un mélange de danseurs  du Pays Basque et du reste du monde qui interprète des pièces de chorégraphes internationaux, entre autres de l’Israélien Itzik Galili, dont une créée spécialement pour la compagnie.

Mizel Théret

Dantzaz Konpainia

Pendant les dix jours de festival, le public biarrot ne cessera de retrouver de grandes compagnies, du Ballet Preljocaj avec sa vision un brin iconoclaste des Mille et une nuits (Les Nuits) au Ballet de Nuremberg qui donne Benditos Malditos, pièce phare de son directeur artistique Goyo Montero qui revisite le langage classique, sur des musiques aussi opposées que celles de Franz Schubert et de Tom Waits.

Ballet de Nuremberg Benditos Malditos

Sous la direction de Thierry Malandain, « Le Temps d’aimer » montre que l’amour de la danse se porte le mieux quand il est d’inspiration universelle. Ce festival fait partie des rendez-vous chorégraphiques les plus inspirants de l’Hexagone.

Victor Ullate : Coppélia

Thomas Hahn

Biarritz, du 9 au 15 septembre

Programme complet : www.letempsdaimer.com

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