Une danse « élargie »

En ouverture de la saison, le théâtre de la Ville/ Les Abbesses proposait de revoir les lauréats du concours piloté par Boris Charmatz (musée de la Danse- CCNRB), le Théâtre de la Ville et la Fondation d’entreprise Hermès.  Au menu, donc, Pauline Simon (concours 2012) avec Exploit et Simon Tanguy, Roger Sala Reyner et Aloun Marchal (concours 2010) avec Gerro, Minos & him.

Comme nous l’explique la feuille de salle, ces jeunes artistes : « ne sauraient être rattachés à une même bannière esthétique, mais ils appartiennent à une génération décomplexée, qui n’a pas à choisir entre la virtuosité d’une supposée « belle danse » et la rigueur conceptuelle d’une « non-danse ». Autre point commun : ils n’hésitent pas à faire apparaître dans la danse les ingrédients assumés de l’humour, voire de la dérision. »

C’est vrai.

Mais ils ont autre chose en commun : une sorte d’acharnement à mettre en danse les modèles les plus « désublimés » de la matière corporelle.

Pointant pour l’une l’exploit sportif et la performance que l’art chorégraphique pourrait engendrer – horreur –  même à son insu, à grand renfort d’essais chorégraphiques maladroits ponctués par des commentaires de compétitions d’athlétisme. Le clou d’Exploit étant tout de même cette chenille qui fait irrésistiblement penser à Sur un navire, par la troupe Moïsseiev !

(regardez à 1’20 !)

Quant à  l’autre, il s’agit  d’un trio d’affreux, sales et méchants, les fesses à l’air qui ont l’air de sortir tout droit d’une pensée du corps médiéval. À l’époque, promiscuité oblige, on s’occupait peu du bas pour se concentrer sur une pudeur du haut – impossible de s’approcher de la tête d’un autre sans risquer la sienne, par exemple. Ce que ce trio semble expérimenter en déplaçant la gestuelle attachée à certains segments corporels et en finissant par se taper les uns les autres…

Dans les deux cas, c’est léger, c’est drôle et ça ne mange pas de pain,… Ça se laisse regarder même si l’inventivité est un peu mince.  Reste que cette manie de pourfendre tout ce qui pourrait faire signe vers un corps glorieux ou un mouvement abouti nous semble un combat d’arrière-garde qui a fait long feu. Et surtout que l’on accommode depuis des années au gré des modes et des noms. N’y a-t-il qu’une certaine danse classique qui passe par la maîtrise et donc le dressage des corps ?  Qui va oser dire en public que la virtuosité  quand il s’agit de Cunningham, Forsythe ou même Bausch, c’est vraiment ringard ?

Si on pouvait passer à autre chose, on ferait peut-être un pas en avant, et peut-être la danse s’en trouverait-elle… élargie !

Agnès Izrine

Théâtre de la Ville / Les Abbesses 10 au 14 septembre 2013

Exploit
chorégraphie : Pauline Simon
regard : Jérôme Andrieu

gerro, minos & him
chorégraphie & danse : Simon Tanguy, Roger Sala Reyner, Aloun Marchal
lumières : Pablo Fontdevila
conseillers artistiques : Katerina Bakatsaki, Benoît Lachambre, Igor Dobričić

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Comments

  1. La « chenille » m’a aussi fait penser à celle de Bengolea et Chaignaud dans Twerk. La pîèce de Pauline Simon était assez séduisante, bien qu’un peu scolaire. A voir la suite bientôt à la Ménagerie

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