Chinatsu Kosakatani : « Fildefériste »

 

Voir ce solo de Chinatsu Kosakatani fait comprendre qu’une fildefériste peut avoir les pieds sur terre. La Japonaise de la compagnie de Carolyn Carlson, espère ne pas marcher sur un fil en abordant sa carrière de chorégraphe. Que la corde raide soit pour les autres! Pour Kosakatani, l’instabilité est un facteur inhérent à la condition de la femme moderne, et elle le met sur un plateau – de danse. Son visage, presque expressionniste, prend des allures de masque. Il paraît d’autant plus blanc qu’autrement tout est noir, des cheveux aux talon-aiguilles, en passant par le tailleur.

Femme au bord de la crise de nerfs ? Angoisses et volonté, énergie et obsessions forment un cocktail qui cultive le mystère. Ses rêves se cristallisent dans une paire d’escarpins impeccables, noires et pas rouges, pour une fois.  Le jeu avec ces objets fétiches devient obsessionnel, et pourtant cette femme se maîtrise. Sa lutte pour un équilibre tant physique que psychique est tout l’enjeu du solo dévoilé pour la première fois au festival Cadences d’Arcachon. Il se joue par ailleurs dans un curieux paradoxe culturel.

Portfolio de Thomas Hahn

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Derrière le visage impassible, des tempêtes mentales se déchainent. Il s’agit là certes d’un certain stéréotype japonais. Mais en scène, l’enjeu est inversé. L’interprète s’emploie à suggérer toute une vie intérieure, là où, au quotidien, une Japonaise ferait tout pour la dissimuler. Mais la façade est la même et Kosakatani, impressionnante et captivante, est donc en permanence en train de cacher et de dévoiler en même temps ce qui est prêt à se déchirer en elle. Ainsi se raconte une histoire universelle qui ne se limite pas aux femmes asiatiques. Cela fait longtemps que Kosakatani vit et travaille en France, et elle sait aujourd’hui tirer sa part d’universalité de son identité japonaise.

Aussi elle arpente l’espace, d’est en ouest et d’Occident en Orient, s’allonge face à l’immensité ou lutte pour son équilibre, chaussée comme pour aller au bal ou bien pieds nus. La chute paraît inévitable. Et si beaucoup de circassiens fildeféristes travaillent sur la métaphore de la chute annoncée, Kosakatani développe la même symbolique, en version sans fil. L’imminence de la chute est ici purement psychique.

Créé en extérieur, sur le plateau du Théâtre de la mer du festival Cadences, et donc face au Bassin d’Arcachon, « Fildefériste » se développera pour la salle, grâce à une création lumières à venir qui sera l’œuvre de Freddy Bonneau, également de la compagnie de Carlson. La boîte noire permettra alors aux spectateurs de plonger encore plus intensément dans le monde intérieur de cette femme, et donc en eux-mêmes.

Texte et photos Thomas Hahn

Arcachon, festival Cadences, Théâtre de la mer

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Comments

  1. à découvrir au Festival d’Avignon 2014 dans R2JE (Sujets à vif). Recommandation DanseAujourdhui.

  2. Merci, mais attention, ici c’était un solo. A Avignon, ce n’est pas le même spectacle, mais une création du jongleur Clément Dazin et Kosakatani (qui est par ailleurs la seule danseuse de la compagnie de C. Carlson à continuer à danser au CCN de Roubaix, désormais dirigé par Olivier Dubois).

    TH

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