Le Lac des Cygnes par le Ballet National de Chine

Le Lac des Cygnes est le premier ballet qui entre au répertoire de la toute nouvelle troupe expérimentale de l’Académie de Pékin, qui deviendra le premier Ballet national classique chinois qui ouvre ses portes le 31 décembre 1959. Il a été monté grâce au grand frère soviétique qui a envoyé en Chine maîtres de ballets russes Piotr Goussev et Olga Ilyna, ils font l’aller-retour entre Moscou et Pékin pour transmettre le chef-d’œuvre de Petipa et de Tchaïkovski. La première Odette s’appelle Bai Shuxiang, son partenaire Liu Qingtang.

Depuis, le temps a fait son œuvre et l’actuel Ballet national de Chine, dirigé par Madame Feng Ying, n’a plus besoin de maîtres russes, même si ce Lac des Cygnes a été chorégraphié par l’ex étoile Natalia Makarova, transfuge du Kirov (actuel Ballet du Théâtre Mariinski) qui rejoignit l’American Ballet Theatre puis le Royal Ballet.

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Disons-le d’emblée, les costumes et les décors semblent presque dater de la création. Hélas. Plus sérieusement, cette version est néanmoins marquée par ses origines, et l’on perçoit l’influence russe dans sa dramaturgie. Ainsi, l’on retrouve dans l’organisation de l’Acte I, quasiment la même chorégraphie que celle qu’imposa Noureev à l’Opéra de Paris avec son Pas de trois, ou sa Reine veuve ainsi que la fin dramatique. Sont également présents les cygnes noirs qui apparaissent à la toute fin du ballet qui n’existent que dans la version Kirov/Mariinski. Par contre, en ce qui concerne la danse masculine, on est fort loin de Noureev et même des versions en cours dans le ballet occidental d’aujourd’hui. Il faut dire que la morphologie des danseurs chinois ne se prête pas particulièrement à cette technique académique poussée à son paroxysme. Plutôt fins et souples, ils manquent de ce gainage musculaire – notamment du dos –  qui marque la tenue du danseur classique chez nous, ainsi que de la musculation de la voûte plantaire qui décide du saut. De ce fait, les performances masculines ne sont pas au rendez-vous.

 

 

Mais qu’en est-il des femmes, direz-vous, qui, au fond, constituent bien l’essentiel de ce ballet de cygnes féminins ? Elles ne manquent pas de charme, ni de délicatesse dans les courbes du col et des bras. Elles ont, certes, la discipline chevillée au corps qui convient à merveille pour ces escadrons d’oiseaux blancs. Par contre, il leur manque cette douceur vaporeuse de plumes, et, de nouveau ce travail du bas de jambe et du cou-de- pied qui font le frémissement qui signe (sans jeu de mot !) ce ballet. Il est vrai que les pointes chinoises n’ont pas la finesse des chaussons européens ou, mieux, américains… Les bras, comme presque partout aujourd’hui sauf en Russie et encore, n’ont rien qui ressemble à des ailes : ni l’envergure, ni le duveteux, ni même la force de l’essor. On ne distingue d’ailleurs plus au mouvement singulier des bras Odette d’Odile. La gestuelle qui leur est attachée devant être fluide et ample dans le 1er et le 4e acte, sinueuse et anguleuse dans le 3e pour marquer la perfidie du personnage (d’où l’idée du « serpent » que l’on retrouvait dans les bras).

De fait, Zhang Jian, est une meilleure Odile (le Cygne noir) qu’Odette. La précision de ces mouvements et sa rapidité jouant pour elle au troisième acte, elle campe une méchante fille assez convaincante. On n’en dira pas autant du Corps de ballet qui est à la peine pour la danse espagnole, la danse napolitaine et surtout la Czardas… On sent que d’une certaine façon, tout ça se ressemble pour eux et qu’ils ne maîtrisent pas la danse de caractère de chez nous alors qu’ils excellent dans la leur (on attend d’ailleurs avec impatience Le détachement féminin rouge qui en est un parfait exemple).

 

 

Au troisième acte, (en fait, le quatrième pour nous) les cygnes blancs et noirs dessinent les lignes avec précision, retrouvant la grâce et la pure abstraction, conjuguée à la nostalgie et au regret qui marquent le chant final de ce Lac des cygnes. Et même si ces cygnes ne déclenchent pas l’émotion qui nous fait frissonner, leur technique est suffisamment honnête pour soutenir ce quatrième acte où les bataillons féminins blancs s’alignent dans un bel unisson mortifère et glacé.

Bref, un bilan plus que mitigé pour ce premier programme du Ballet national de Chine, mais le meilleur reste à venir avec Le détachement féminin rouge.

Agnès Izrine

25 au 29 septembre 2013 – Théâtre du Châtelet – Paris.

Distribution

Conception  : Natalia Makarova

Chorégraphie additionnelle  :Natalia Makarova, Frederick Ashton

Décors : Peter Farmer

Costumes : Galina Solovyeva

Lumières : Han Jiang

Reprise de la mise en scène :Olga Evreinoff

Orchestre National d’Ile de France dirigé par Zhang Yi

Odette / Odile  : Zhang Jian

Le Prince Siegfried : Sheng Shidong

Benno  : Zheng Yu

Rothbart  : Cui Kai

La Reine : Li Ning

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Comments

  1. J’ai pu assister à cette magnifique représentation. UN joli spectacle. Merci et bonne continuation.

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