Trajal Harrell la nouvelle Antigone

Trajal Harrell propose avec  Antigone Sr. / Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church (L) une œuvre forte et surprenante au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne.

Depuis 2001, le chorégraphe américain Trajal Harrell a inventé un nouveau style de danse en forme de question : Que serait-il arrivé si un artiste issu du voguing né dans le monde underground des « balls » de Harlem en 1963 avait débarqué au sein des très conceptuels spectacles de la Judson Church ? La rencontre entre ces deux mondes totalement opposés, aux niveaux social, racial et artistique aurait sans doute produit quelques étincelles. Historiquement, le voguing, emprunte ses mouvements à ceux des défilés de mode et travaille sur un enchaînement de figures, notamment au niveau du buste et des bras qui doivent faire preuve d’une rapidité et d’une souplesse ahurissantes. Le mouvement est porté essentiellement par une communauté noire, homosexuelle, drag, ou transgenre. Le titre de la série de Trajal Harrell fait référence à un film documentaire de Jennie Livingston sur ce mouvement : Paris is burning, (1990).

Antigone Sr. / Twenty Looks or Paris is Burning at the Judson Church est le modèle L d’une série de cinq pièces rangées par « tailles » de XS à XL, et a pour propos de questionner et d’imaginer une rencontre entre la tragédie grecque et ses codes sociaux (notamment l’absence de place laissée aux femmes dans la Grèce Antique) avec le voguing et les pionniers du postmodernisme.

Ceci posé, la pièce en elle-même voit « grand » effectivement, dans une sorte de bazar savamment orchestré qui se moque de tout et d’abord de soi-même y compris dans sa dimension hyper hype et gay. La scénographie, signée Erik Flatmo, stylise vaguement catwalks et podiums dans un espace ouvert, gris et plutôt monotone. Au début, tout cela paraît très improbable. Après avoir lancé des danseurs à toute volée sur de faux podiums en front de scène, Trajal Harrell apparaît ensuite dans l’ombre, assis, dans une danse ondulante à souhait avant de se lancer dans un long dialogue avec Thibault Lac dont toutes les phrases commencent par « we are » pour égréner toutes les possibilités de paires ou d’appariements : Thelma and Louise, Pride and Prejudice (Orgueil et Préjugés), Dr Jekyll and Mr Hyde etc… oxymores et schizophrènes appréciés particulièrement. Avant d’incarner Ismène et Antigone.

Galerie photo de Laurent Philippe

La suite de Twenty Looks.. fait défiler sous nos yeux les vingt apparences ou styles ou aspects en question avec une audace imaginative que ne renieraient pas les couturiers les plus fous, où la superposition et la mise à l’envers sont dignes du Roi Dagobert, aussi drôles et surprenants, la poésie en plus. Le tout est ponctué de bribes de récits proférés par Trajal Harrell où surnagent, de temps en temps, quelque chose d’Antigone elle-même. La Maison (de Thèbes) jouxte Les Maisons (de couture) et Rob Fordeyn commente le défilé, micro à la main, petite robe noire et talons vertigineux qui mettent en valeur des jambes à n’en plus finir.  Ça mixe tout, ça coud, ça ravaude et ça surfile ensemble le théâtre antique et ses mythes, la culture pop, le voguing, la danse contemporaine et la post-moderne, la mode et ses codes. Ça joue sur les mots et sur les gestes de façon brillante. Ça surfe sur le monde d’aujourd’hui. Par moment, ça délire sec et ça peut même aller jusqu’à une sorte de transe danse absolument époustouflante. Les cinq interprètes sont exceptionnels. Tant dans le geste que la parole. La pièce plonge peu à peu dans une sorte de noirceur, qui envahit la scène. Le tout laisse souffler un vent de liberté formidable qui ouvre de nouvelles perspectives sur l’art chorégraphique de demain.

Galerie photo de Laurent Philippe

Agnès Izrine

26 au 28 septembre 2013 – Centre Georges Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne

Antigone Sr. / Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church (L)
Avec Trajal Harrell, Stephen Thompson, Thibault Lac, Rob Fordeyn, Ondrej Vidlar
Décors, Erik Flatmo
Lumière, Jan Maertens
Son, Robin Meier et Trajal Harrell
Dramaturgie, Gérard Mayen

En tournée :

les 8 et 9 novembre 2013 – Montpellier dans le cadre de Montpellier Danse
les 13 et 14 décembre 2013 – Théâtre Garonne à Toulouse

Publicités

Trackbacks

  1. […] L’article Trajal Harrell la nouvelle Antigone […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :