Entretien avec Ivan Cavallari

IVAN CAVALLARI, Directeur du ballet de l’Opéra National du Rhin n’a pas 50 ans, a dansé et travaillé sur tous les continents, s’est formé à l’Ecole de la Scala de Milan et du Bolchoï, avant d’être étoile du ballet de Stuttgart. Puis, il a dirigé  la seconde compagnie australienne (le West Australian ballet) avant de revenir en Europe, pour succéder à Bertrand d’At, à la tête du Ballet de l’Opéra National du Rhin. Autant dire que ce danseur globe-trotter pense la danse à l’échelle mondiale, mais raisonne aussi au niveau local.

Ivan Cavallari @ Frances Andrijich

Ivan Cavallari @ Frances Andrijich

 

Réaliste, il avance à petit pas dans la direction d’une compagnie qu’il découvre, qui n’a pas encore une dimension internationale, ce dont il ne désespère pas. Et qui voit arriver un nouveau directeur après seize années sous la férule dynamique de Bertrand D’At ancien danseur du Ballet du XXe siècle de Maurice Béjart.

Dans son bureau du Ballet basé à Mulhouse,  Ivan Cavallari a rangé sa trottinette, avec laquelle il arrive chaque matin. Derrière son bureau, trône un gros ballon de Pilates.

Rencontre avec un jeune Italien polyglotte (il parle italien, français, anglais, allemand et  russe) enjoué et plein d’ambition pour sa nouvelle compagnie, à laquelle il souhaite donner une autre direction sans pour autant changer les fondamentaux.

 

Vous dirigez cette compagnie à plein temps depuis janvier dernier, en provenance de l’Australie. Comment avez-vous vécu cette transition?
Ce fut très acrobatique au début, car pendant cinq mois j’étais à cheval sur les deux compagnies. Je passais mon temps à faire des allers-retours de plusieurs milliers de kilomètres et ma tête n’était pas libre. Depuis janvier, je dirige ce Ballet à plein temps, et c’est beaucoup plus stabilisant. Il y a toute une période durant laquelle il faut entrer dans l’esprit d’une compagnie et ce n’est pas si simple.

Quelles sont, pour vous, les caractéristiques du Ballet de l’Opéra du Rhin?
Pour moi, c’est avant tout une compagnie de personnalités. Avec  trente danseurs très divers, dotés de corps et de gabarits différents. Ils viennent d’un peu partout, même s’ils sont français dans leur majorité. Ils ont un bagage technique qui leur permet de tout danser, ce qui est appréciable. Les trois quarts d’entre eux sont en CDI, comme c’est la règle au bout de six années passées dans la troupe. Je pouvais donc mettre fin aux contrats annuels des autres danseurs, mais je ne l’ai pas fait. Et j’en ai engagé cinq nouveaux.

 

 

Souhaitez-vous donner une direction nouvelle dans le travail des danseurs?
Le quotidien reste le même qu’auparavant, mais j’ai fait venir par exemple une machine de Pilates, dont je trouve la méthode extrêmement intéressante pour les danseurs, notamment en début d’année. J’ai intégré également une méthode de barre au sol, développée par Lucette Aldous, qui était une grande danseuse australienne. Nous avons des professeurs invités, et je tiens à donner le cours une à deux fois par semaine, avec des filles sur pointe tous les jours.

Quelle programmation souhaitez-vous pour la compagnie? Bertrand D’At avait donné à ce Ballet un répertoire très éclectique, de Lucinda Childs à Forsythe, Béjart, Duato mais aussi des jeunes chorégraphes comme Johan Inger ou Alexander Ekman. Irez-vous dans cette même direction?
Dans l’idée, oui. Ca ne m’intéresse pas de diriger une compagnie tournée vers un tout petit nombre de chorégraphes. Mais je pense qu’il faut aussi passer à autre chose. On doit rester une compagnie de répertoire, allant du classique au contemporain, avec une nécessité d’œuvres où les danseurs bougent, évoluent, s’amusent.

Voyez-vous une relève dans les jeunes chorégraphes néo-classiques actuellement?
La frontière du néo-classique et du contemporain, n’est pas très clairement définie aujourd’hui. Mais il est vrai que plusieurs jeunes créateurs travaillant sur le vocabulaire classique ont émergé. Sans doute la crise y est-elle pour quelque chose. Face à cette morosité du quotidien, on a envie de la transcender avec des œuvres moins noires, plus poétiques, moins provocantes. On a envie de joie, de rythmes, d’élévation. Peut-être est-ce pour cela que l’on remonte sur pointe?

 

Parmi ces jeunes chorégraphes, qui vous intéresse?
J’adorerai avoir une création de Crystal Pite, par exemple, qui a dansé chez Forsythe. Et j’ai eu aussi des échanges avec Benjamin Millepied et surtout Olivier Dubois qui va préparer pour nous une création sur pointe, ce qui est nouveau pour lui. J’aime aussi Paul Lightfoot (chorégraphe résident du Nederlands Dans Theater) avec qui j’ai de grands liens d’amitié.

 

Y a t-il une relève au sein de la compagnie?
Oui, absolument. Il y a au moins six ou sept danseurs capables de chorégraphier, ce qui est beaucoup. Et je souhaite les aider à se développer. C’est un axe de travail très important pour moi. On sait ce que cette promotion de jeunes chorégraphes au sein d’une même troupe a pu donner d’exceptionnel, à Stuttgart, par exemple. En mai-juin, nous aurons un programme intitulé « Genesis » où de jeunes chorégraphes montreront leur travail en studio à Mulhouse, puis dans la salle Ponnelle de l’Opéra de Strasbourg.

 

32 danseurs, c’est un effectif bancal, qui est imposant pour une œuvre contemporaine, mais insuffisant pour un grand ballet classique…
Oui, et c’est pour cela que je cherche à créer des liens étroits avec des Conservatoires de haut niveau, dont les jeunes danseurs pourraient venir travailler ici. C’est le cas avec le Conservatoire de Lyon et de Bâle (en Suisse). Et nous avons rencontré les autres Centres Chorégraphiques qui travaillent un vocabulaire souvent classique pour comparer nos axes de recherches et nos préoccupations. Il est clair que si nous avions 40 à 50 danseurs comme les compagnies allemandes, ce serait encore mieux…Et  passer de 50 à 100 spectacles par an, aussi !

Propos recueillis par Ariane Dollfus

http://www.operanationaldurhin.eu

 

 

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