Cie Interface : « L’oubli des anges »

Cette cérémonie dansée et chantée n’est pas tout à fait un Sacre païen (de plus), pas tout à fait du romantisme chrétien à la Schubert (La jeune fille et la mort), mais un peu des deux. Une femme meurt, jeune et belle, ça va de soi. Après quelques instants de méditation, elle (si ce n’est son âme) se lève de son catafalque et entre dans le cercle pour accomplir son rituel de passage. Son amant et ses amis sont là pour un dernier salut. Ce requiem s’inscrit parfaitement dans la démarche artistique d’Interface. La compagnie installée à Sion, en Suisse, tire de sa vie au pied de la montagne une passion pour la nature et un goût pour les grandes messes sur la condition humaine.

Aussi, ce face à face entre un chanteur lyrique, trois danseuses et des comédiens est un assaut vers des sommets émotionnels. Car une chose est indéniable, la sobriété n’est pas leur affaire. Vivre face à la puissance éternelle des massifs alpins, voilà qui ramène aux fondamentaux  de l’existence, rend modeste et donne envie de chanter la grandeur de ce qui dépasse une vie humaine. A vérifier dans leur vidéo Le Souffle de la montagne avec Géraldine Lonfat qui interprète aussi le personnage principal de  L’Oubli des anges :

Cette énergie qui porte les créations d’Interface est aussi le facteur qui limite leur esthétique. Ni le langage chorégraphique, ni le travail sur l’espace relèvent d’une précision ultime. Mais l’esprit et l’énergie de cet Oubli des anges, dans son rapport à la douleur, à la terre et à la sensualité rappellent l’Andalousie. La force dramatique du chant et de la danse est la même que dans le flamenco, même s’il n’y a ici aucun son et aucun pas d’origine gitane. La différence est qu’Interface fait cavalier seul et ne se situe pas dans une tradition ayant traversé plusieurs siècles.

Le temps et la communauté sont des filtres nécessaires pour atteindre la perfection quand il faut agir sur trois langages artistiques en même temps. Il y a déjà le risque de vouloir dire toute chose trois fois, en attachant les expressions les unes aux autres, au lieu de laisser chacune vivre sa vie pour mieux s’enrichir mutuellement. Le concept d’opéra-danse avec son côté liturgique arrive donc rapidement à saturation. Chez Interface, tout est montagne, ne laissant que peu de place pour les vallées, à savoir pour ces interstices tant nécessaires pour que le spectateur puisse devenir co-créateur d’un spectacle, participation essentielle en création contemporaine. Mais ceci n’enlève rien à l’engagement total des interprètes. Peu intimidés par les massifs et les sommets, ils annoncent une pentalogie autour des âges de la vie, dont ce somptueux accompagnement vers l’au-delà constitue le socle. Une affaire de longue haleine, laquelle ne leur fait point défaut.

Thomas Hahn

« L’Oubli des anges » jusqu’au 22 décembre au Théâtre Laboratoire (lire aussi notre article https://dansercanalhistorique.com/2013/10/25/ouverture-du-theatre-laboratoire-loubli-des-anges-de-cie-interface/)

20, rue Marsoulan

75012 Paris

Métro : Nation ou Picpus

Tél : 01 43 40 79 53

Du mardi au samedi à 19h30

www.theatreinterface.ch

Accès :

Depuis le métro Nation (6min) : Prendre la sortie Avenue du Trône, continuer sur le cours de Vincennes, la rue Marsoulan sera sur votre droite.

Depuis le métro Picpus (2min) : prendre la rue Marsoulan à partir du Square Courteline.

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Comments

  1. Spectacle à voir absolument ! C’est un spectacle en dehors du conceptuel, uniquement orienté vers l’émotion.

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