« Black Out » de Philippe Saire

Pièce étonnante du chorégraphe suisse né en Algérie Philippe Saire, on a découvert Black Out dans la petite salle Béjart du Théâtre National de Chaillot, sorte d’action painting dont nous serions les témoins.. Une bien belle expérience.

Ça commence bien gentiment comme à la plage. Deux garçons et une fille posent leur serviette sur une surface blanche et s’allongent. On les voit d’autant mieux qu’en tant que spectateurs, nous sommes placés au-dessus d’un cube ouvert et nous les regardons de cette position haut perchée, plongeant – c’est le cas de le dire sur Maëlle Desclaux, Philippe Chosson et Jonathan Schatz, en maillots de bain qui prennent une lumière crue de plein fouet. Très graphique, tout est soit noir, soit blanc, la pièce a déjà de quoi surprendre, car un corps vu de haut perturbe notre champ de vision et nous oblige déjà à interpréter celui-ci. C’est alors qu’une pluie de particules noires envahit leur espace, macule le sol, obscurcissant la belle p(l)age blanche. On sent très vite que le côté sombre va prendre le dessus et faire disparaître tout ce petit monde un peu trop propre sur lui. Mais autre chose se passe. Le noir, on le sait, absorbe la lumière et la couleur. C’est aussi lui qui donne sa force au trait.  Et du coup, le geste prend une puissance considérable, la densité de la matière fait prendre corps à la forme, et les danseurs qui acquiescent ou luttent contre les forces obscures vont, inéluctablement, disparaître.

Mais Philippe Saire sait jouer de la noirceur et de la fête funèbre, les corps deviennent supports de magnifiques tableaux abstraits tandis qu’une lointaine fanfare semblent dans un autre univers, où la plage existe encore, où la nuit n’a pas encore pris le pas. Où le black out n’a pas été décrété.

Galerie photo de PhilippeWeissbrodt

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Il y a toute la peinture dans ce spectacle de seulement 40 minutes, du Rembrandt (de la leçon d’anatomie si l’on pense aux spectateurs) et du Soulages, du Goya et du Keith Haring. Il y a toutes nos peurs et toutes nos noirceurs. Il y a des images qui impriment l’inconscient collectif, pluie de cendres ou marées noires. Du noir et blanc qui réveille de vieux films sur les écrans de la mémoire. Il y a surtout du Philippe Saire et un attachement certain au dessin et surtout un goût certain pour pousser le spectateur dans ses derniers retranchements.

Agnès Izrine

11 au 13 décembre – Théâtre national de Chaillot.

Chorégraphie
Philippe Saire
en collaboration avec les interprètes
Philippe Chosson, Maëlle Desclaux, Jonathan Schatz
Dramaturgie
Roberto Fratini Serafide
Création lumière
erias
Création sonore
Stéphane Vecchione
Conseil scénographie et lumière
Laurent Junod et Sylvie Kleiber
Costumes
Tania D’Ambrogio
Direction technique
Yann Serez

En tournée

Black Out
9-12 janvier 2014 | Under The Radar Festival, La MaMa Experimental Theatre Club – New York (USA)
22-23 avril 2014| Bipod Beirut International Platform of Dance – Beirut (LB)

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