Andreya Ouamba sort de l’ombre

La guerre s’est imposée comme sujet central chez les chorégraphes congolais, des deux côtés du fleuve Congo.  Andréya Ouamba, originaire de Congo-Brazzaville et travaillant à Dakar, la traite avec beaucoup de limpidité, ce qui anoblit considérablement « Sueur de ombres », pièce tranchante et sans compromis, qui ressemble à un conte dansé. Mais ce conte finit mal.

Sur le plateau, le jour se lève, presque en temps réel, presque comme dans « Cesena » d’Anne Teresa de Keersmaeker. Mais il s’agit d’un réveil douloureux. Les voix s’élèvent, la tchatche monte, se transformant en ouragan sonore. D’abord théâtrale comme chez Germaine Acogny, l’ambiance tourne lentement vers une charge de plus en plus explosive, au sens figuré comme au sens concret. Ouamba met en scène l’irruption de la guerre dans un quotidien déjà bruyant. « Sueur des ombres », voilà qui peut rappeler la célèbre silhouette d’un corps évaporé, laissée sur un mur à Hiroshima après l’explosion nucléaire.

Résonnent ici les souffrances d’une population exposée aux violences organisées. Mais « Sueur des ombres » reste une pièce poétique, limpide et saisissante de bout en bout. Le travail sur la gestuelle, les rythmes, les présences, les ambiances et la scénographie coulent de source. Quelques bambous, et le tour est joué, voilà qui est aussi simple qu’efficace. Ces bâtons qui délimitent un havre de paix deviennent une forêt nocturne, tracent une maison, s’empilent tel un tas de décombres ou servent pour rappeler les danses traditionnelles, si ce n’est que leurs frappent expriment aussi colère et révolte.

Malgré leurs morphologies et leurs tempéraments très divers, les interprètes forment une communauté soudée. Mais un personnage se détache, particulièrement. Féline, presque fantomatique dans ses cris muets, petite et légère, Aïcha Kaboré met beaucoup d’arts martiaux dans ses brefs solos qui peuvent surgir de nulle part.

Cette pièce de groupe, dans laquelle il ne danse pas, évolue telles les branches d’un arbre dont son solo « Step Out/2 », qu’il interprète avec le guitariste Armel Malonga, serait le tronc ou la racine. Là aussi, il devient concret tout en jouant sur une poétique ancestrale. Gestes et déplacements articulés, angulaires, toujours sous tension, pousses par la volonté de résister.

Ouamba est sur un tracé bien défini, lisible et crédible pour constituer un œuvre véritable. Une nouvelle création est en route, pour le festival Faits d’hiver 2015, avec des résidences à l’Atelier de Paris, chez Carly Carlson, et au Centre Culturel Blaise Senghor de Dakar. Elle parlera des hommes politiques avec une attention particulière faite aux campagnes électorales et s’intitule « J’ai arrêté de croire au futur… », comme pour faire écho au « Discours sur la servitude volontaire » de La Boétie, version africaine.

Après les dates au Théâtre des Abbesses (Sueur des ombres) et à l’Atelier de Paris (Step Out/2) dans le cadre de « Tandem Paris-Dakar » en décembre, les deux pièces  reviennent en février dans le cadre du festival Hors saison d’Arcadi.
Thomas Hahn

Sueur des ombres :  les 8 et 9 février à la Ferme du Buisson – Allée de la Ferme, 77186 Noisiel- 01 64 62 77 00

Step Out/2 : le 11 février au Tarmac – La Villette Paris

http://www.arcadi.fr/evenements/hors-saison/

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