Blanca Li : Pleins feux sur les robots

La dernière création de Blanca Li, « Robot ! », débarque au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, avec ses NAO. Ces petits bouts de chou hi-tech s’amusent à dialoguer avec les danseurs et ont un message à délivrer. Leurs constructeurs et développeurs, Aldebaran Robotics, s’expliquent sur les liens entre leurs humanoïdes artificiels et la danse. 

« En effet, nous recevons de plus en plus souvent des demandes de chorégraphes qui veulent intégrer les NAO dans leurs spectacles », confirme Marine Fabre, porte-parole d’Aldebaran Robotics. Le lien est d’origine : « Le nom du premier logiciel développé pour les animer était justement « chorégraphe » et les tout premières démonstrations de ses capacités étaient dansées. Ca nous a permis de créer des émotions, bien plus qu’en les faisant parler », et ce alors qu’ils ne disposent que de vingt-cinq articulations, contre quatre-cents chez l’homme. Si les NAO ont une forme quasi-humaine mais de taille réduite, c’est un choix délibéré. Il s’agit de redéfinir le rapport entre nous et les machines, ce qui, bien entendu, n’est pas une démarche désintéressée de la part du constructeur développant des compagnons de vie d’un nouveau type. « Dès le départ, nous avons conçu le NAO comme un humanoïde, pour que les humains puissent projeter leurs émotions sur lui. C’est pourquoi on le trouve si touchant et mignon. »

Leur fragilité et leurs maladresses en se déplaçant rappellent des bébés. Un petit dénivelé, et ils tombent. Mais ils sont programmés pour se remettre debout tout seul. Ils semblent même prendre avec humour ce qui serait un cataclysme pour un danseur. Et ils ont besoin d’être aidés. « Quand le NAO est trop petit pour ouvrir une porte, il peut demander de l’aide. Cela redéfinit nos rapports avec les robots. » Le NAO est conçu comme un appel à l’empathie, et c’est ce qui le rapproche encore un peu plus des danseurs. « La pièce de Blanca Li nous donne l’occasion de faire avancer nos recherches par apport au potentiel émotionnel du NAO », dit Fabre. « Elle montre comment de petits gestes du robot peuvent susciter de grandes émotions. Je voudrais par ailleurs que tous nos développeurs informatiques voient le spectacle pour comprendre pleinement l’importance des gestes pour créer l’empathie. »

Clément Bigot, créateur de films d’animation, engagé par Blanca Li pour travailler sur les NAO et illico embauché par Aldebaran, est devenu, en quelque sorte, co-chorégraphe du spectacle, en développent les schémas corporels adaptés pour les NAO. Il souligne à quel point les envies de Blanca ont croisé celles des ingénieurs : « Blanca a beaucoup dialogué avec les NAO et voulait absolument créer des situations à fort caractère émotionnel. Et les danseurs aussi sont tombés amoureux. Même pendant les pauses, ils jouaient encore avec les robots. » Le nom même joue avec la miniaturisation. Il ne s’agit pas d’un sigle mais d’un clin d’œil à « now » et aux nanotechnologies. En septembre dernier, NAO a même été reçu à l’Elysée :

http://www.francetvinfo.fr/economie/video-francois-hollande-rencontre-un-robot-a-l-elysee_410087.html

Pas impossible par ailleurs que les schémas développés pour représenter les positions des articulations des NAO puissent un jour, l’informatique aidant, révolutionner la notation en danse. Une séquence chorégraphique d’un robot se présente comme ceci :

ChoregrapheJoliCourbeMoteur

Pour élargir davantage la palette émotionnelle, « Robot! » intègre également un commentaire satirique par rapport au progrès technique. Par pure ironie, et peut-être par malice de la part de la chorégraphe, ce miroir vient du Japon où Novmichi Tosa développe et produit des robots satiriques, des machines à non-sens et des automates musicaux. Le plus bel exemplaire, qui a l’air de sortir tout droit des années 1960, est construit avec une poubelle, des tabourets de bain et des poignées de casseroles. Ici ce n’est pas la machine qui vous aide à faire le ménage, c’est la tâche ménagère qui devient une task force de l’absurde. Tosa « performe » dans ses spectacles musicaux, au milieu des automates qu’on voit en fond de scène dans « Robot! », mais aussi autour de son univers. En honneur à son père travailleur, il a créé sa propre société, Maywa Denki qui est en elle-même à la fois satirique et une réalité, et donc une œuvre d’art en soi. A visiter sur www.maywadenki.com.

Spectacle intrégral à voir ici :  http://culturebox.francetvinfo.fr/robot-de-blanca-li-au-mac-a-creteil-138027

Thomas Hahn

www.aldebaran-robotics.com

“Robot!” de Blanca Li au Théâtre des Champs-Elysées, du 23 décembre au 5 janvier

http://www.theatrechampselysees.fr/danse/danse/compagnie-blanca-li

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