Casse-Noisette Compagnie à Monaco

Pour fêter ses vingt ans à la direction des Ballets de Monte-Carlo, le chorégraphe Jean-Christophe Maillot a choisi de remonter Casse-Noisette. Un titre qui n’a rien d’anodin tant il résume le parcours de celui qui passa, d’un coup de baguette magique, de simple chorégraphe à la tête d’un CCN, à la direction d’un des ballets les plus prestigieux de par son nom et son histoire : les Ballets de Monte-Carlo. La fée n’était autre que S.A.R. la Princesse Caroline de Hanovre et l’aventure en Principauté dure encore.

C’est en 1992 alors qu’il était en train de créer son premier Casse-Noisette Circus au CCN de Tours, que la vie de Jean-Christophe Maillot va basculer : il est appelé à Monte-Carlo pour devenir le conseiller artistique de la compagnie. À la suite de cette expérience, Caroline de Hanovre lui confie alors les « Ballets » en septembre 1993. Son arrivée est un appel d’air, la compagnie peut prendre son envol.

En 2000, à l’occasion du Jubilé de S.A.S. Le Prince Rainier III l’œuvre née à Tours sera reprise en grand format, non sans quelques modifications, sous le chapiteau de Fontvieille. Pendant un mois, Casse-Noisette Circus fera salle comble et consacrera définitivement le chorégraphe en Principauté.

Extrait de Casse-Noisette Circus

En 2013, exit le cirque, bonjour la Compagnie. Car cette nouvelle version a pour titre Casse-Noisette Compagnie. Et bien entendu, elle se situe au sein d’une compagnie de danse. En inventant ce récit d’une petite fille qui voudrait bien devenir danseuse mais que briment ses parents souverains chorégraphes et maîtres de ballet, Jean-Christophe Maillot réussit la gageure de raconter à la fois son histoire, l’Histoire des Ballets de Monte-Carlo et celle de la danse en passant ! On y retrouve les antagonismes et les rivalités que connaissent toutes les compagnies du monde, une chorégraphie nourrie de citations et de clins d’œil à n’en plus finir, de Nijinski (n’oublions pas que les Ballets Russes sont à l’origine des Ballets de Monte-Carlo) à Pina Bausch (Ah, la petite Clara ramenée sur le devant de la scène comme l’Élue du Sacre…) et bien sûr Balanchine, qui apparaît dans un coin du décor tandis que la Casse-Noisette Compagnie remonte Sérénade, avec des emprunts à d’autres pièces de Mr B. Il y a même du Béjart qui traverse furtivement un geste ou deux, et bien sûr quelques tournures symptomatiques d’un Neumeier chez lequel Jean-Christophe fut soliste avant de devenir le chorégraphe que l’on sait. Mais il y a aussi la maquette de ce petit théâtre qui deviendra grand, qui rappelle tout autant l’Opéra Garnier (de Monaco !) que son père, plasticien et décorateur de théâtre qui lui donna son goût des constructions légères et des machineries baroques, la photo de la petite Caroline en tenue de danse, et ce retour sur l’exercice même de la danse, mis en scène comme un cours du passé où flotte légèrement le fantôme d’une Rosella Hightower, un peu fée marraine, elle-aussi.

Le deuxième acte reprend au deuxième degré l’astuce de Petipa qui citait tous les contes de Perrault dans  le dernier acte de La Belle au bois dormant. Là, c’est Maillot lui-même qui cite ses propres œuvres, jurant n’avoir pas créé un seul pas pour cette pièce mais choisi uniquement de recycler, entre autres La Belle, Le Songe, Roméo et Juliette, et bien sûr Casse-Noisette Circus, le tout orchestré par la Fée-Drosselmeyer qui n’est autre que la sublime Bernice Coppieters tandis que Le Casse-Noisette est un chorégraphe rebelle qui rêve de balayer le style éculé du passé. Merveilleusement servi par les costumes de Philippe Guillotel, la scénographie d’Alain Lagarde et les lumières de Dominique Drillot, ce Casse-Noisette Compagnie est une vraie fête visuelle.

Extrait de Casse-Noisette Compagnie

D’un point de vue chorégraphique, la pièce est magistrale. Les figures de style se tricotant à un rythme soutenu, enchevêtrant les mouvements, tissant des duos, des trios comme autant d’entrelacs. Les danseurs sont tous magnifiques, aguerris à l’écriture tout en souplesse de la pièce, campant leurs personnages avec une justesse et un humour pétillant.

Agnès Izrine

Monaco, Grimaldi Forum, jusqu’au 5 janvier 2014

http://www.balletsdemontecarlo.com/ballets-de-monte-carlo/fiche-spectacle.php?id_menu=1&id_sousmenu=&id_spectacle=31

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