Metz : Le Ballet des gens heureux

À l’occasion d’un Casse-Noisette donné pour les fêtes nous sommes allés à la rencontre du Ballet de l’Opéra de Metz Metropole. Une belle surprise…

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On entend peu parler des Ballets des maisons d’Opéra disséminés ici et là dans les villes françaises. Si l’on connaît les Ballets de Bordeaux, Toulouse, le Ballet de l’Opéra de Lyon, le Ballet du Rhin et celui de Nice Méditerranée (depuis qu’Éric Vu An en est devenu le directeur), on ignore davantage la vie de ballets plus modestes, tels Avignon, Limoges, Toulon ou Metz. Pourtant, si l’on se réfère aux chiffres de la Réunion des Opéras de France, on dénombre aujourd’hui  220 danseurs au sein des ballets d’opéra, dont les effectifs vont de 10 à 40 danseurs permanents (hormis les 154 du Ballet de l’Opéra national de Paris). En tout cas, le Ballet de l’Opéra de Metz est un exemple parfait de ce type de compagnie, qui emploie de nombreux danseurs et se démène pour que leurs productions soient vues par un large public régional.

Avec ses quatorze danseurs permanents, inutile de préciser que monter un grand ballet classique au Ballet de l’Opéra de Metz reste une gageure, et ce malgré les six supplémentaires engagés pour l’occasion. Qu’à cela ne tienne, à défaut d’effectif, le Ballet a de l’imagination à revendre. Nous avons donc pu admirer une version de Casse-Noisette inventive, truffée de bonnes idées, dynamique à souhait, et dont la production a été entièrement assumée par les artistes « maison ».

Le résultat est un Casse-Noisette pétillant, avec un premier acte amusant et finalement beaucoup plus dansé que dans sa version traditionnelle. En transportant le conte dans un intérieur bourgeois, mais un peu cocasse avec une mère (Marie-Josée Louvet) et un père (Paul Bougnotteau) assez extravagants  , en ajoutant aux invités deux soubrettes piquantes à souhait ( Camilla Cason et Lisa Lanteri) et des jouets animés (deux automates, brillamment interprétés par Aurélie Barré et Rémy Isenmann) sans parler bien sûr d’un Drosselmeyer parfait (Valérian Antoine) et d’un Casse-Noisette (Gleb Lyamenkoff) superbe, et d’une Clara (Kim Maï do Danh) ravissante et enfantine  à souhait,  Laurence Bolsigner a campé une chorégraphie fraîche et pleine d’allant. Faisant se succéder les scènes à un rythme effréné, La Reine des neiges ne le cède en rien au Roi des Rats avant que tout ce petit monde ne se retrouve dans le monde enchanté de Confiturenburg. Au deuxième acte, on a retenu la belle « fée Dragée » de Solène Burène qui danse « le Grand pas de deux » avec le Prince-Casse-Noisette…

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Si le fait que Laurence Bolsigner, Maître de ballet, signe la chorégraphie n’a rien de particulièrement étonnant – ce fut même une tradition pendant longtemps, il est plus surprenant de savoir que ce sont des danseurs de la compagnie qui ont créé les costumes (très réussis), à savoir Brice Lourenço,  (qui a également demandé à être  répétiteur sur cette production) et Valérian Antoine (qui joue aussi le rôle de Drosselmeyer). Patrice Willaume, directeur technique, en a réalisé les éclairages et Jacques Griesemer, ex décorateur  de l’Opéra de Metz et artiste plasticien est revenu pour l’occasion imaginer une scénographie aussi astucieuse que colorée. Le tout étant entièrement réalisé par les ateliers de l’Opéra-Théâtre de Metz métropole.
Cela en dit long sur l’implication des artistes qui tiennent à leur Ballet et à sa présence dans la maison.

Pourtant, il y a deux ans, à l’occasion d’un remaniement administratif, le ballet a bien failli disparaître. C’est le courage des danseurs qui ont pris leur destin en main en allant porter la question devant Jean-Luc Bohl, Président de la Communauté d’agglomération de Metz Métropole, qui les a sauvés. Ce dernier comprenant et soutenant la nécessité de garder un ballet au sein de l’Opéra.

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Quand on monte tout en haut de l’Opéra de Metz que l’on considéra comme « un des plus beaux hôtels de spectacles de France » – car il est l’un des premiers théâtres construits en France (inauguré en 1752) et le plus ancien encore en activité – on découvre le studio du Ballet.

Pas très grand mais agréable avec ses grandes fenêtres qui ouvrent sur les toits de la ville,  Pour l’heure, les danseurs prennent un cours sous l’œil attentif de Laurence Bolsigner et du piano de Marie-Aurore Picard, une passionnée de l’accompagnement en danse. Tout en effectuant leur série d’exercices à la barre puis au milieu, les danseurs se préparent à la représentation en matinée de Casse-Noisette, essayant un pas, assurant une fin de tour, testant leur endurance dans un chapelet de sauts.

Laurence Bolsigner (à gauche) en répétition@Philippe Gisselbrecht - Metz Métropole

Laurence Bolsigner (à gauche) en répétition@Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

La troupe est plutôt jeune, de bon niveau, équilibrée avec sept filles et sept garçons, comme dans les bons contes de fée, l’ambiance, familiale. Il faut dire qu’ici « On ne veut pas de solistes ni de hiérarchie figée, explique Daniel Lucas, directeur administratif et financier. On veut laisser la chance à tout le monde d’être solistes. D’ailleurs les chorégraphes qui viennent ici choisissent les danseurs avec lesquels ils ont envie de travailler. Les différences de salaires sont dues uniquement à l’ancienneté. »
De plus, comme ils font partie d’une maison d’opéra à taille humaine, tous les artistes qui y travaillent qu’il s’agisse des danseurs, des chœurs ou des musiciens, sont soudés entre eux. Et ça se voit dès que l’on assiste à la représentation. Il existe une véritable osmose entre l’orchestre, dirigé par David T. Heusel, le chœur et les danseurs sur le plateau.

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Laurence Bolsigner, Maître de Ballet depuis septembre 2012, connaît la maison par cœur. Non seulement elle y fait toute sa carrière, mais sa mère dansait déjà dans le même ballet. En « fille du pays » Laurence a fait ses classes au Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz avant d’entrer tout naturellement dans le Ballet en 1986. Depuis, elle a vu nombre de chorégraphes et de danseur passer, du coup elle a une connaissance du ballet qui lui permet d’inventer d’autres processus. Ainsi, elle a mis en place des spectacles pouvant tourner dans la communauté de communes, en partant à la rencontre d’un public peu habitué au ballet. « On est entré dans une autre époque, affirme-t-elle, on peut ouvrir le répertoire. Nous avons invité Thierry Malandain qui a recréé pour nous l’Amour sorcier, ou Ralf Rossa qui a signé un Sacre du printemps (sous la direction de Philippe Hui, lire https://dansercanalhistorique.com/2013/11/12/flashville-berlioz-et-la-creation-contemporaine/). Nous sommes partis en tournée en Israël, et cette saison nous partirons à Hong Kong avec la production de Faust dans laquelle nous dansons . Ce Casse-Noisette est un gros challenge, c’est un investissement de toute la maison. ».

Les danseurs sont heureux. Ils sont très sollicités dans la saison et ne rechignent pas à danser dans les opéras ou les opérettes. Ils dansent trois grands ballets par an, ont organisé une « Soirée jeunes chorégraphes »intitulée Variation pour cinq chorégraphes en novembre dernier où les danseurs maison ont pu s’essayer à la chorégraphie et ont reçu un bel accueil à Metz et dans la communauté d’agglomération (43 communes) et préparent un Gershwin Dance pour février mars 2014.  « Le ballet est humainement très sympa » explique Aurélie Barré, danseuse dans la compagnie depuis deux ans. « La compagnie s’est rajeunie raconte Timothée Bouloy. On sent qu’il a du potentiel » Selon Kim qui dansait le rôle de Clara dans Casse-Noisette « le fait que tout le monde puisse être soliste permet à chacun d’avoir sa chance. » Bref, c’est le ballet des gens heureux. Et pour le prouver, ils se retrouveront tous ensemble pour fêter la nouvelle année….

Agnès Izrine

Dernière représentation de Casse-Noisette, le 31 janvier à 20h
Gershwin Dance (Chorégraphie Laurence Bolsigner (Rhapsody in Blue) Jean-Charles Donnay (Un Américain à Paris)) du 28 févier au 2 mars 2014

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