Suresnes cités danse, un conte d’hiver

Dans The Roots  de Kader Attou, l’évolution du Hip Hop en France devient un conte teinté de surréalisme. Haute en couleurs au début et à la fin, la 22e édition de Suresnes cités danse toute entière prend des allures de conte d’hiver. Les différentes ambiances se suivent et se complètent: Poésie chez Attou (lire: https://dansercanalhistorique.com/2013/09/27/roots-de-kader-attou/), burlesque avec Laura Scozzi, effervescence totale avec Un Casse-noisette.

Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant de Laura Scozzi.

Eh bien, contez maintenant ! Suite et fin (provisoire) du feuilleton féerique de Laura Scozzi, qui nous présente, en ouverture de festival, Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant. La plus italienne des chorégraphes italiennes est de retour. Car quand elle est venue une fois, on en redemande et elle revient à la charge juste après, comme à Suresnes cités danse en 2000/2001. Pour l’édition 2014, elle a préparé la « grande » version de son spectacle tout public de 2012, où déjà les animaux et autres personnages des contes de notre enfance se jouaient des tours. Ours blanc, cochon, abeille et la petite fille, bien sûr. Il faut bien quelqu’un à qui la forêt pose quelques énigmes. Scozzi a étudié le théâtre et le mime (école Marceau), après un cursus universitaire en photographie et sociologie. Quand elle s’attaque à l’univers des Frères Grimm, elle n’y va donc pas à la manière du Petit Chaperon Rouge. Elle sait où elle met le pied: en plein dedans. Les contes sont un reflet de l’inconscient et de nos rêves érotiques. Ils font peur, ils font vibrer, mais ils ne font pas rire. C’est pourquoi Scozzi les passe au shaker pour les amener sur le terrain du burlesque. Certains interprètes seront visibles, d’autres non, étant donné que les costumes d’animaux ne sont pas toujours transparents. Pourtant il y a là une brochette de danseurs de premier plan, dont John Degois ou Céline Lefèvre qui sont eux-mêmes chorégraphes, ou Karla Pollux qu’on connaît de la compagnie Montalvo-Hervieu.

Si Scozzi a aussi chorégraphié le Ballet de l’Opéra de Paris et a choisi la musique classique (Paganini!), le Hip Hop est bien en pointe pour déferler sur la musique de Casse-Noisette de Tchaïkovski. La partition envolée et l’argument féerique servent à merveille le dynamisme de la danse urbaine, et inversement, bien sûr!  En clôture de festival, son directeur Olivier Meyer a donc choisi Un Casse-noisette  dans la version chorégraphique de Bouba Landrille Tchouda. Il se peut que Piotr Illitch ait composé, il y a presque 125 ans, l’une des meilleures partitions pour le Hip Hop qui soient. En breakdance, le ballet prend un sacré coup d’accélérateur. Il se fait moins narratif, plus envolé et donc plus proche de l’esprit et de l’énergie de la petite Clara.

Entre ces deux feux d’artifice, des retrouvailles sont au programme avec Soweto’s Finest  pour ceux qui ont vu, au Festival d’automne, au Musée du Quai Branly, les danseurs de « Sbuja ». Ils y étaient dirigés plutôt façon nouvelle cuisine par Mamela Nyamza (lire https://dansercanalhistorique.com/2013/10/09/mamela-nyamza-et-les-kids-de-soweto/). A Suresnes on pourra découvrir comment ils conçoivent eux-mêmes leur danse, sans intervention d’une chorégraphe associée. Alors, costume, baskets ou les deux? Car on nous dit que le mot de sbuja vient d’une façon de jouer avec la langue française, plus précisément avec le mot de bourgeois. Chez eux, ces danseurs sont en quelque sorte les jeunes frères des Swankas (chers à Robyn Orlin), les pendants sud-africains des ambianceurs d’Afrique centrale. « Sbuja » se partage l’affiche avec Hamid Ben Mahi qui teste, dans Apache, les liens entre le Hip Hop et l’univers rock d’Alain Bashung. Dans ce rêve américain inversé, ce film noir ou road movie dansé, la musique est jouée live sur le plateau. Ça sent la poudre et la confrontation avec l’univers de Soweto promet une soirée riche en éléments dramatiques. Ce n’est pas pour rien qu’elle est placée sous la formule « Rencontres hip hop ».

Autre formule chère à Olivier Meyer, « Cités danse connexions » est en quelque sorte le champ libre, le terrain d’exploration ou la pépinière, où les petites formes brèves suscitent la curiosité. Retrouvailles avec Sylvain Groud, Céline Lefèvre ou Amala Dianor et premières rencontres avec Jann Gallois, Mélanie Sulmona ou Féroz Sahoulamide qui décident de passer à la chorégraphie.

Thomas Hahn

Programmation complète et infos pratiques:

http://www.suresnescitesdanse2014.com

Pour venir au Théâtre Jean Vilar, il est recommandé de profiter de la navette gratuite. Départ place de l’Etoile, 45 minutes avant le début de la représentation.

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