Lambert et Veilhan, « Nervures »

Nervures est un échange subtil entre le poids du corps et une légèreté intemporelle. Fabrice Lambert explore les liens entre l’apesanteur et la matérialité manipulatrice, autour d’une sculpture de Xavier Veilhan, le mobile n° 8. Le plasticien signe ici sa première œuvre conçue en vue d’un spectacle de danse.

De bout en bout, il est ici question d‘architecture, de nature et de temps. Car au bout du compte, c’est bien le  temps, et lui seul, qui sculpte le corps humain et le paysage. Au bout du temps, au fil d’une suspension, le mobile ne danse pas moins que Fabrice Lambert, chorégraphe-interprète de ce vrai-faux solo.

Tout de carbone vêtus, les neuf tubes horizontaux du mobile n° 8 sont plus légers qu’une ballerine et savent observer, sans la moindre peine, une horizontalité parfaite. Par un pied de nez permanent à la gravité, cette horloge à neuf doigts innerve l’espace scénique d’une présence aussi stable que mystérieuse. Au centre, un seul fil vertical assure la tenue horizontale. Sensibles à tout changement atmosphérique autour d’eux, les conduits tournent lentement, comme pour rappeler la roue du temps. Mais à travers ce mobile, l’homme entre tout aussi bien en dialogue avec une représentation de sa colonne vertébrale ou de  son système nerveux. La présence de Lambert suffit pour animer le mobile, et quand il passe à la manipulation directe, il anime une marionnette abstraite et pourtant jamais tout à fait sous contrôle.

Si Nervures possède donc une colonne vertébrale doublée d’une irrigation nerveuse, si Lambert en est le cœur qui fait circuler le sang chorégraphique, ce spectacle possède également des yeux et des oreilles, mais cette fois en creux, voire en négatif. Car on y entend des drôles de voix, des témoignages enregistrés qui ouvrent vers une dimension supplémentaire en matière de conscience et de sensibilité. En off, des mal ou non-voyants témoignent de leur rapport à la nature et aux paysages.

Est-ce en référence à ce monde fait de clair-obscur que le premier tableau est un jeu d’ombres ? Se tenant debout, Lambert fait circuler une lampe autour de sa tête et de son corps. L’idée est simple, le résultat sobre et sophistiqué à la fois. Ce derviche-là n’arrête pas le temps, il le sculpte. Entre cette naissance et le retour au royaume des ombres, quand Lambert se couche sous le mobile, se déroule toute la recherche d’une vie. Le buste souple, les bras puissants ou bousculés, en équilibre ou à sa recherche, Lambert provoque un basculement permanent entre des ambiances chorégraphiques abstraites et narratives. Nervures aborde l’existence comme une grande randonnée, face à l’immobilité d’un mobile.

Thomas Hahn

Nervures a été créé au Centre national de la danse du 5 au 7 novembre 2013

Reprise au Théâtre des Abbesses du 20 au 25 janvier 2014 avec  Gravité, solo phare de Lambert.

http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-NervuresGravite-632

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