Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant

Elle ose tout, Laura Scozzi. Et le plus épatant, c’est qu’elle le réussit. Ainsi de cette « Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant », une relecture des contes de fées tricotée façon hip hop et qui pourtant, sur l’échelle des risques, se situait plutôt en haut des marches. Avec une troupe d’interprètes au top, pour la moitié eux-mêmes par ailleurs chorégraphes*, elle relève haut et fort le défi de s’adresser non seulement à tous les publics, comme en témoignait en ce week-end d’ouverture du festival le nombre d’enfants dans la salle, mais surtout à toutes les intelligences. Nul besoin, en effet, d’avoir lu Bettelheim* pour repérer, dans sa savante déconstruction de certaines scènes-clés des contes les plus célèbres, le surgissement de pulsions primaires libératrices donnant lieu à quelques épisodes hautement lubrico-comiques, comme ces trois danseuses petits cochons draguant ouvertement le loup ou ces Cendrillons en string…

Barbe neige et les sept petits cochons au bois dormant, Galerie photo de Laurent Philippe

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Mais la chorégraphe sait aussi, dans une scène finale aussi hilarante que futée, remettre à leur place les schémas tout faits des « histoires qui finissent bien », et suggérer avec acuité combien la vie se charge de rebattre les cartes. Chez Laura Scozzi, les princes charmants peinent à éveiller la princesse Aurore – quand ils ne s’en détournent pas avec dégoût ! -, les Cendrillons perdent leurs baskets au sortir du bal, mais laissent aussi tomber un ballon de foot… ou un nouveau-né ( ! ), le Chaperon Rouge, enceinte du bûcheron, se transforme en mégère, et le loup fricote avec la mère-grand. Le tout au son endiablé d’airs de Paganini, sautillants et spirituels comme les pas des interprètes. Et la danse, d’ailleurs, que devient-elle dans ce méli-mélo ? Même en partie supplantée par le mime, elle fait mieux que résister : elle est le fil subtil qui relie entre eux tous ces personnages déjantés, rendus par leur formation hip hop ouverts à tous les défis, des plus physiques aux plus stylisés. Jamais redondantes ni insistantes, leurs mini variations individuelles ou collectives s’apparentent à des ponctuations aussi légères qu’indispensables sur la trame d’un menuet baroque. Et si, l’air de rien mais consciente de tout, Laura Scozzi avait, avec cette commande d’Olivier Meyer pour Suresnes cités danse, signé l’une de ses meilleures pièces ?

Isabelle Calabre

Spectacle intégral à voir ici :  http://culturebox.francetvinfo.fr/barbe-neige-et-les-7-petits-cochons-au-bois-dormant-147645

Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant, Laura Scozzi, festival Suresnes cités danse, Théâtre Jean Vilar, Suresnes. Du 10 au 14 janvier.

http://www.suresnescitesdanse2014.com/

  • Il faut les citer tous tant ils sont excellents : Dorel Brouzeng Lacoustille, John Degois, François Lamargot, Céline Lefèvre, Sandrine Monar, Karla Pollux, Mélanie Sulmona, Jean-Charles Zambo.
  • Auteur de « La Psychanalyse des contes de fées ».
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