Le retour d’Alain Platel

Figure attachante de la création européenne, Alain Platel se fait rare. Il est donc particulièrement heureux de pouvoir voir cette création en première française au théâtre national de Chaillot du 24 janvier au 1er février 2014.
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Le chorégraphe Belge Alain Platel est de cette nouvelle génération d’artistes peu préoccupée de distinction entre les genres, qui refusent de choisir entre danse et théâtre et savent associer les matériaux les plus divers pour laisser surgir l’impact émotionnel attaché à l’humanité dans toute son intensité. Cherchant à rendre la barrière entre le public et la scène la plus infime possible, ses pièces, d’une force peu commune, orchestrent une sorte de chaos, proposent une « danse bâtarde », mélangeant toute sortes d’arts, et aspirent à une transposition physique de sentiments impossibles à contenir, à une forme de communication non-verbale, au-delà des formes et des conventions.

Photos de répétition de Tauberbach d’Alain Platel par Chris van der Burght

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Au cœur du processus créatif, Tauber Bach – littéralement Bach chanté par des sourds, un projet original d’Artur Zmijewski – est une source musicale ô combien singulière pour un spectacle que Platel décrit par une question :  Comment (sur)vivre avec dignité quand il nous reste très peu ? »

Rien d’étonnant pour ce chorégraphe né le 9 avril 1956 à Gand qui entre à onze ans à l’école de mime de Marcel Hoste avant d’entreprendre des études d’ortho-pédagogie dans sa ville natale. Il passera les cinq années suivantes à s’occuper d’enfants lourdement handicapés. Parallèlement, il s’inscrit à l’académie de ballet Paul Griinwis et s’oriente en autodidacte vers la création artistique.

Le style d’Alain Platel est hybride. Scindé, d’une certaine façon entre des grandes pièces dansées qui mêlent à une musique classique (Bach, Purcell) interprétée en direct des danseurs, des circassiens et des comédiens  ; de l’autre, des pièces plus théâtrales comprenant des décors imposant (les auto-tamponneuses de Bernadtje, les maisons grises de Tous des indiens) qui place l’enfance au centre de sa démarche. Pourtant, on retrouve dans toutes ses œuvres une même volonté de combiner trivial et sublime, grotesque et subtilité, savant et populaire comme ces accordéons jouant Purcell dans la Tristeza… ou l’alliance entre Prince et Bach dans Let’s Op Bach. Il se saisit de clichés ordinaires, des histoires d’ici-bas pour en faire une fresque vibrante et magnifique, métaphore des aspérités de la vie.

Tauberbach extraits

 

 

La musique Tauber Bach sera  l’une des sources d’inspiration de cette nouvelle création, avec le documentaire Estamira de Marcos Prado ou l’on suit l’histoire d’une femme atteinte de schizophrénie qui vit dans une décharge des environs de Rio de Janeiro.
Ce n’est pas la première fois que le chorégraphe et metteur en scène prend comme point de départ une matière documentaire de sa  danse bâtarde. L’orthopédagogue qu’il a été n’a cessé depuis de s’intéresser aux formes de dialogues et d’échanges entre les uns et les autres, souvent les plus démunis ou les mis-à-l’écart de la société.  On essaie de découvrir la gestuelle qui naît au moment où les danseurs se blottissent dans ce coin du cerveau encore préservé de toute civilisation.  De création en création, de vsprs à Out of Context – for Pina, de Gardenia – présenté à Chaillot – à C(H)OEURS, Alain Platel raconte notre monde et ses dérives. Pour Tauberbach, il retrouve le directeur musical Steven Prengels et, pour la première fois, collabore avec l’actrice du NTGent, Elsie de Brauw. La musique sera de nouveau le fil conducteur de cette production événement, placée sous le signe de Bach et d’arias de Mozart.

Agnès Izrine

http://theatre-chaillot.fr/

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