« Tauberbach » d’Alain Platel

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Tauberbach, d’Alain Platel, galerie photo de Laurent Philippe

Ça commence par ce monceau de vêtements (quatre tonnes paraît-il !) éparpillés sur le plateau de Chaillot, façon bidonville ou décharge, miroir de notre société de consommation effrénée et de l’inutilité du paraître que racontent ces fringues devenues oripeaux. Tandis qu’Elsie de Bauw clame depuis l’avant-scène : « Je ne suis pas d’accord avec la vie ! ». La scène s’ancre dans le réel puisqu’il s’inspire d’un documentaire cinématographique intitulé Estamira, réalisé en 2004 par Marcos Prado autour d’une femme schizophrène vivant depuis vingt ans dans un dépotoir au Brésil. Mais si Alain Platel utilise cette histoire vraie c’est pour, une fois de plus, donner la parole à cette frange de l’humanité en déshérence, au bord de la folie, mais appartenant sans nul doute à notre collectivité. Et de ce point de vue, sa mise en scène tout autant que la performance d’Elsie de Bauw est absolument magistrale. Arrivant à nous faire entrer dans ce discours en vrac, ces phrases aussi en lambeaux que les vêtements répandus à terre, il nous donne un point de vue unique sinon clinique sur ses zones d’ombres et de mystère que représente un esprit qui s’en va, ou se cherche, ou s’invente des doubles, reflets d’une pensée autrefois cohérente. « Did you hear the storm ? It was inside me » (entendez-vous la tempête ? c’était à l’intérieur de moi). Le corps de la comédienne dans sa confrontation avec les autres (danseurs), en dit souvent plus long que ces longs monologues de phrases incompréhensibles puisque proférées dans une langue inventée par Estamira. Les corps s’organisent ou se désorganisent sous nos yeux, évoluant d’une gestuelle violente à des attitudes compassionnelles, se lançant dans des mouvements si irrationnels que leur sens se perd totalement (comme dans toute folie) ou se reprenant dans une sorte de communion universelle des gestes.

Tauberbach, d’Alain Platel, galerie photo de Laurent Philippe

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Mais Tauberbach a également une autre source d’inspiration en la musique de Bach… mais chantée par des sourds. Un jour, Alain Platel a reçu un CD intitulé « Tauber Bach ». Il contenait la captation d’un chœur de sourds auquel l’artiste polonais Artur Zmijewski avait demandé de chanter Bach comme ils « l’entendaient ». Platel, qui place le Kantor de Leipzig plus haut que n’importe quel compositeur ne pouvait pas manquer cette étrange musique. Mais c’est des années plus tard et pour ce spectacle qu’il a su qu’il pouvait l’utiliser dans cet univers où le malaise est toujours présent, tant l’ambiguïté entre raison et déraison, normalité et différence est à l’œuvre dans ce spectacle.

Tauberbach, d’Alain Platel, galerie photo de Laurent Philippe

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Baignée de cette musique dissonante qui joue comme contrepoint à d’autres pièces de Bach comme  la célèbre marche nostalgique et grave de l’Air suite pour orchestre N° 3 ( en ré majeur) la pièce prend une dimension quasi spirituelle avec chute et rédemption. Une voix majeure dans le chaos du monde.

Agnès Izrine

Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 1er février 2014

http://theatre-chaillot.fr/danse/ballets-c-de-la-b-alain-platel/tauberbach

Lire également : https://dansercanalhistorique.com/2014/01/23/le-retour-dalain-platel/

https://dansercanalhistorique.com/2013/05/30/3-questions-a-alain-platel/

Concept et mise en scène Alain Platel
Dramaturgie Hildegard De Vuyst, Koen Tachelet
Direction musicale, paysages sonores et musique additionnelle Steven Prengels
Lumières Carlo Bourguignon
Décors Alain Platel et les ballets C de la B
Costumes Theresa Vergho
Avec Bérengère Bodin, Elie Tass, Elsie de Brauw, Lisi Estaras, Romeu Runa, Ross McCormack

Du 1 Avril 2014 au 2 Avril 2014MC2 – Grenoble (38000)

Du 28 Mars 2014 au 29 Mars 2014Maison de la danse – Lyon (69008)

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