T.R.A.S.H. n’est plus trash !

Qui l’eût cru? Les Néerlandaises de T.R.A.S.H. se mettent à créer de belles images ! Construire, cultiver et varier, au lieu de dévaster, serait-ce un tournant chez Kristel van Issum? Le nom de la compagnie n’a pas changé pour autant, et le titre, We must be willing to let go, pouvait tout à fait renvoyer à des orgies d’énergie sauvage, comme chez une certaine Erna Omarsdottir. Eh bien non ! Voici une pièce, basée sur une seule  image, choyée de bout en bout, pour un véritable débat autour de la beauté. De la poésie visuelle, loin de toute ambiance trash !

We must be willing to let go@Lisa Klappe

We must be willing to let go@Lisa Klappe

Tout se joue sur un carré noir où flotte une fine couche d’eau douce. Au fond, un violoniste interprète les morceaux répétitifs d’Arthur van der Kuip, composées pour la pièce. Il jouit d’une vue imprenable sur ce plan d’eau où les deux danseuses déploient une variété inénarrable de pas, de sauts et de rythmes, toujours en dialogue avec ce lac des signes. Mais ces oiseaux ne sont ni blanc ni noir, mais turquoise, voire rose, un bonnet de fleurs rouges en prime. Leurs développés, roulades ou glissades incluent beaucoup d’unissons pour une recherche sur la forme et la structure.

Les costumes, les chaussures, la rigueur, la musique, les cadences et finalement aussi le physique des interprètes, tout contribue à un débat autour de la féminité, rappelant l’univers de Rosas danst Rosas ou Bartok /Aantekeningen d’Anne Teresa De Keersmaeker, comme s’il s’agissait d’un dialogue entre Flamandes, ou d’une déconstruction en douceur. Le plan d’eau devient un personnage chorégraphique à part entier, se transformant en papier à musique et surface de projection de soi, lieu d’une belle connivence entre horizontalité et verticalité, comme le sable fin dans Fase, avec cette petite différence que l’eau n’accumule pas les traces, ou seulement dans la mémoire du spectateur.

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We must be willing to let go@ Paul van Weert

Et voilà qu’on tombe de nouveau sur le titre : Il faut être d’accord pour laisser les choses s’échapper. Au titre de l’éphémère, mais aussi parce que la recherche formelle de van Issum ne va pas au bout. Le débat très structuré et passionnant avec l’animalité de la première partie est soudainement supplanté par une narration relationnelle. Les ambiances changent, de moqueries en affrontements, ou de menaces, et finalement, la belle rousse sombre dans une folie dramatique, du type « Giselle ». La nouvelle création de T.R.A.S.H., une histoire d’amour? Car une autre traduction possible du titre serait : « Il faut savoir lâcher prise » ! Cette devise vaut-elle maintenant aussi pour le passé chorégraphique de Kristel van Issum ?

Thomas Hahn

Théâtre de Vanves, festival Ardanthé, 29 janvier 2014

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