Et « Pharenheit » créa la femme

La deuxième édition de Pharenheit, nouveau festival contemporain au Havre, vient d’explorer le regard sur la femme, sous toutes ses formes. Emmanuelle Vo-Dinh, directrice du CCN (« Le Phare »), l’a conçu comme un croisement de danse, théâtre et cinéma. En creux, est apparu… la Femme !

Femme-cheval, et (é)perdu, celle de Nathalie Baldo. Peau-rouge, squaw donc, mais aussi monstre, celle qu’on regarde, femme « aux cent corps », et en transe, chez Sarah Crépin. Vo-Dinh elle-même n’en dit pas autre chose dans Sprint, solo de course circulaire révélant, à travers la pénombre et en prises avec l’épuisement, des identités multiples et potentielles. La femme, une machine à courir ? Rockeuse plutôt, à en croire Julie Nioche et la chanteuse et compositrice Sir Alice, dans leur concert chorégraphique Héroïnes, jouant avec la transe, quelque part entre punk, Janis Joplin et PJ Harvey.

Vidéo « Monstres indiens pour adultes » :

Drôles de costumes aussi chez Eleonore Didier dans sa création  Moi mes copines à l’instant où ça s’arrête, un retour sur l’image de la femme depuis les Cro-Magnon ! Ces femmes évoluent en postures, et elles ont tout leur temps, comme s’il s’agissait d’extraire  d’une pièce de Myriam Gourfink une suite de postures. La même rigueur, la même précision, le même contrôle, de la femme des origines jusqu’à celle d’aujourd‘hui. Car progressivement, le rapport au corps change. Les postures invitant au rapport, à la manière des primates, évoluent vers l’utilisation des deux mains comme cache-sexe, devant et derrière. De l’état originel à la découverte de la honte, la chorégraphie joue la carte de la rationalité et des compositions statuaires, jardin à la française qui peut cependant prendre quelques libertés et atteindre des sphères où le féminin se trouve plus à l’aise. Ce quatuor confirme que Didier part toujours de structures très affirmées. Mais chorégraphier la nudité est un exercice périlleux.  Ici, la peau apparente, suggérée par les académiques couleur chair, est sans cesse trahie par la banale réalité des plis, comme si des solutions plus élégantes, tel le body painting, n’existaient pas. Difficile, dans cette suprématie de la domestication sur la part sauvage, de répondre aux questions de départ: « Quelle est la femme des origines ? Quel imaginaire en avons-nous ? » Tenons-nous plutôt à celle-ci : « Comment faire basculer un propos dansé du côté du féminin ?»

"Moi mes copines..." d'Eleonore Didier @ Stephane Jouan

« Moi mes copines… » d’Eleonore Didier @ Stephane Jouan

Philippe Grandrieux, cinéaste, se pose moins de questions. Sa Meurtrière est une performance pour quatre danseuses, au but clairement affiché : « Exposer le sauvage, le sexuel, le vulgaire, le pervers… » Voilà un fantasme droit-au-but, aussi tranché que l’image de la femme dans le cinéma de la Nouvelle Vague, mise en jeu et en danse par Pénélope Parrau dans Sans tambour ni trompette et définie comme cas ou objet à étudier ou à consommer à travers le regard des hommes : « Y’a des femmes pour l’amour, mais toi, c’est ton métier » et autres citations de Godard, en voix off. Les cinéastes n’y vont pas par quatre chemins ! Entre chien et loup, Parrau décortique cette perception unique de la femme. Elle restitue le suspense et le mystère de la relation homme-femme, dans l’exaltation créatrice de la Nouvelle vague.

Nulle part la question de l’image de la femme et des rôles qui lui sont attribués, n’a été mise sur le plateau aussi explicitement que dans le studio de tournage, avec tambour et trompette, justement ! Nulle part, sauf par Nicole Mossoux et Patrick Bonté dans Histoire de l’imposture qui  décortique les gestes codifiés dans la présentation de soi visant telle ou telle variante dans le grand jeu de la séduction qui concerne ici les hommes et les femmes, bien entendu. Le couple belge surexpose les stéréotypes pour mieux les révéler et tendre un miroir déformant, légèrement burlesque.

En 2015, Pharenheit devrait retrouver le Volcan, actuellement en cours de rénovation, et  quitter les beaux lieux historiques de la Gare maritime. En même temps le festival s’apprête à rayonner au-delà du Havre, grâce à des partenariats avec d’autres villes. L’édition 2014 a confirmé qu’il y a là une voix fraîche et personnelle dans le paysage festivalier, aux choix personnels, uniques et passionnants, qui résonne à l’abri des grandes machines de coopération internationale qui uniformisent de plus en plus la diffusion chorégraphique.

Thomas Hahn

http://www.pharenheit.fr

http://www.lephare-ccn.fr/

Tournées :

« Moi mes copines à l’instant où ça s’arrête » d’Eléonore Didier, avec Helene Iratchet, Sabine Macher, Renata Piotrowska, Betty Tchomanga.

Reprise à Confluence, le 7 mars 2014, dans un format performatif, re-création in situ pour l’espace galerie.

www.confluences.net

La Bazooka – Sarah Crépin : « Queen Kong »

SAINT-LO – 50 : Jeudi 27 février séance scolaires à 14h30 et tous publics à 19h00

Vendredi 28 février 2014 séance scolaires à 10h00 – au Théâtre de Saint-Lô – Ville de Saint-Lô

GOUSSAINVILLE – 95 : mardi 4 mars 2014 séance scolaires à 10h00 et 14h00

mercredi 5 mars 2014 séance tous publics à 15h00

jeudi 6 mars 2014 séance scolaires à 10h00 et 14h00 à l’Espace Sarah Bernhardt – Escales en Val d’Oise

ROUEN – 76 : Mardi 11 à 14h (scolaires), Mercredi 12 à 15h et 19h30 (tous publics), Jeudi 13 à 10h et 14h (scolaires) et Vendredi 14 mars 2014 à 10h et 14h (scolaires), – à La Foudre – Scène Nationale de Petit Quevilly / Mont-Saint-Aignan ( + d’infos)

PONT-AUDEMER – 27500 : Mardi 8 avril 2014 à l’Eclat – Ville de Pont-Audemer

La Bazooka – Sarah Crépin : « Monstres indiens pour adultes »

LOUVIERS – 27 : Jeudi 20 et vendredi 21 mars 2014 séances à 19h00 et 21h00 – au Forum de Louviers – Scène Nationale Evreux/Louviers

FOSSES – 95 : Vendredi 28 et samedi 29 mars 2014 à l’Espace Germinal – Escales en Val d’Oise

VAL DE REUIL – 27 : Vendredi 11 et samedi 12 avril 2014 séances à 19h00 et 20h30 au Théâtre des Chalands – Ville de Val-De-Reuil

LE HAVRE – 76 : Samedi 5 et Dimanche 6 juillet 2014 au Tétris – Festival les Z’Estivales – Ville du Havre

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