Le Ballet de Shanghaï à Paris

Le Ballet de Shanghai revient à Paris pour la première fois après 28 ans d’absence. Au programme, deux ballets phares : A sign of Love, chorégraphié par Bertrand d’At, et La Fille aux cheveux blanc, ballet mythique crée en 1965  par un groupe d’artistes (tous professeurs ou élèves de l’Ecole de danse de Shanghai) Rogrong Hu, Aidi FU, Daihui Ccheng et Yangyang Lin. Nous avons été à Shanghai en avant-première découvrir ce ballet.

Signifiant en Chinois « sur la mer » Shanghai est la ville la plus peuplée de Chine. Avec grattes-ciels affolants (88 étages pour la tour JinMao, 496m pour « Le Décapsuleur » !) dans le quartier de Pudong et ses anciens hôtels hérités des années folles sur le Bund, les anciennes concession (notamment la Concession française) et ses Shikumen de brique grise (des maisons apparues dans les années 1860, qui possèdent toutes deux étages et une cour intérieure), la ville est un miracle de tradition et de modernité qui la rend très agréable à vivre.

Elle a servi de modèle au décor du Lotus Bleu, fameux album de Tintin qui nous rappelle qu’elle fut le centre de la Guerre de l’Opium, mais aussi celle où fut créé le Parti Communiste Chinois en 1921. Cette époque a profondément marqué l’identité culturelle de la ville, tout en contribuant à l’essor des arts, cinéma, théâtre, et la naissance du premier groupe de jazz chinois. En 1920 on y recensait un million d’habitants, dont vingt six mille huit cents étrangers de nationalités diverses. Ils façonnèrent les rues à leur goût, mêlant les styles néogothique, classique, victorien, Art déco…

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La chanteuse et actrice Zhou Xuan fille de Weiwei Wang, était sans doute la figure la plus emblématique de cette période.

C’est justement dans cette ambiance des années 30 que se situe A sign of Love de Bertrand d’At. Créé en 2006, dans le cadre d’une collaboration franco-chinoise, à la demande du Ballet de Shanghaï, le ballet devait s’inspirer du film de Wong Kar Wai, In the mood for love mais devait être chorégraphié par un occidental comprenant bien l’esprit et les particularités du ballet classique chinois. Bertrand d’At connaissait bien la Chine. Il y était venu plusieurs fois, grâce notamment à Jean-Paul et Jacquotte Gravier qui travaillaient beaucoup avec le Ballet de Shanghaï dans le cadre de créations ou du Conservatoire Itinérant de danse classique.  Il vait même entrepris de remonter pour ce Ballet La Route de la soie de Maurice Béjart avant que tout ne soit annulé pour cause de grippe aviaire. Toujours est-il, raconte Bertrand D’At, qu’un soir, il reçoit un coup de téléphone de Jacquotte Gravier lui demandant s’il avait vu le film de Wong Kar Waï, ce qui n’était pas le cas. « J’ai vu le film entre deux et trois heures du matin et j’ai rappelé le lendemain matin pour donner mon accord. »

Ensuite, il a fallu suivre toute une procédure et une réflexion sur le projet, trouver librettiste et compositeur. « Mais, explique Bertrand, j’ai finalement écrit le scénario qui a ensuite été corrigé par le librettiste pour qu’il soit plus facilement compris par les Chinois. » Au final, il ne reste du film que le squelette, soit la situation initiale des deux couples dans le même bâtiment.

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Avant de commencer les répétitions, Bertrand d’At s’est imprégné de l’atmosphère de la ville, depuis il est devenu incollable sur l’architecture et l’ameublement des Shikumen, la Concession française et ses platanes et surtout le jazz shangaïen des années 20. Il a su s’inspirer du Yu Garden, un jardin calme en plein cœur de ville bordé par toutes sortes de magasins et de statues kitsch typiquement chinois.

« Au moment de la création, se souvient Bertrand D’At, les contraintes étaient plus fortes qu’aujourd’hui. Les Chinois étaient très scrupuleux sur le réalisme du récit, qui se devait d’être quasi-cinématographique, le Comité Central venait régulièrement voir ce que j’avais fait, alors que désormais, on ne les voit plus du tout. Et les nouveaux ballets, même s’ils se doivent toujours d’être narratifs, sont un peu moins linéaires dans leur récit, comme le dernier Jane Eyre (de Patrick de Bana – 2013) qui connaît ici un grand succès. »

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En tout cas, la chorégraphie de A sign of Love est une réussite totale. Intelligemment séquencé, le ballet oscille d’une vision pittoresque du Shanghai des années 30 à la romantique histoire d’amour (très années 30 aussi dans son style psychodramatique). Les costumes et la scènographie de Jérôme Kaplan sont exceptionnels dans leur beauté réaliste. La danse sait se faire fluide dans les duos presque planants, ou trépidante dans les scènes de genre, avec de vraies trouvailles chorégraphiques  (comme les fausses courses du début ou le mélange classique/charleston du cabaret) et une très belle gestuelle avec des portés aériens ou des solos de caractère d’une énergie à couper le souffle. Les corps épousent la ligne musicale des derniers quatuors de Beethoven ou de Shanghaï Shuffle, un concentré de jazz shanghaien, sans oublier bien sûr la voix de Zhou Xuan qui, à elle seule, transmet toute l’atmosphère d’autrefois.

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Pingping Ji (Madame Wang) et Husheng Wu (Monsieur Li) sont magnifiques, tout comme leurs « illusions » romancées (Xiofeng Fan et Shenyi Sun) mais les seconds rôles sont également remarquables, notamment « le journaliste » qui est littéralement époustouflant.

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Agnès Izrine – Photos de Lunxun Chen pour le Ballet de Shanghaï

À ne pas rater du 13 au 20 mars (sauf 18 et 19) au Palais des Sports de Paris

Réservation : Par téléphone au 0 825 038 039 (0,15 €/min) de 9h à 19h du lundi au samedi

http://www.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Danse-classique-LE-BALLET-DE-SHANGHAI-PSSHA.htmhttp://

À SUIVRE  : La fille au cheveux blancs https://dansercanalhistorique.com/2014/03/07/la-fille-aux-cheveux-blancs-par-le-ballet-de-shanghai/

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