L.A.DANCE PROJECT 2

Peu à peu, Benjamin Millepied conquiert Paris. Le fils prodigue, formé à Lyon et parti s’épanouir à New York puis aimer à Los Angeles, revient faire son nid place du Châtelet, avant de poser pénates, titre et fonction place de l’Opéra, à la fin de l’été..

Pour l’heure, le voici donc avec son petit groupe, sa troupe de huit mercenaires endiablés venus de Los Angeles pour sa deuxième saison au Théâtre du Châtelet. On se souvient que l’an dernier, lors de sa première venue parisienne, son Los Angeles Dance Project 1 voulait nous tracer une histoire de la danse américaine, avec une pépite de Merce Cunningham, un chef d’œuvre de William Forsythe et une création de Benjamin Millepied.

Le L.A Dance Project

Le L.A Dance Project

Cette fois-ci, l’angle est tout autre. Il s’agit de nous montrer un état des lieux d’une certaine danse contemporaine, bâtie par quatre jeunes chorégraphes du même âge, nés dans les 70-80. Quatre hommes (et aucune femme..) qui sont dans la « oui-danse » (par opposition à la prétendue non-danse française) , celle qui dégage une énergie vitale, une vitesse d’exécution, un goût du risque, une joie et un sens de l’ensemble absolus. Ce qui n’est pas pour déplaire. Tout cela dans un esprit qui nous semble aussi, vu de Paris, foncièrement américain, alors même que ces quatre jeunes hommes viennent pourtant des quatre continents. Curieusement encore, cette soirée qui aurait pû être conçue comme un menu aux plats très diversifiés, s’avère au contraire poursuivre une esthétique chorégraphique très commune entre les quatre œuvres. Sans doute faut-il y voir les goûts et couleurs de son programmateur, Benjamin Millepied et c’est en cela, très intéressant pour la suite des événements, lorsqu’il sera à la tête du Ballet de l’Opéra de Paris.

Emanuel Gat, israélien basé en France, ouvre donc le bal avec Morgan’s Last Chug, une création faite sur mesure pour le L.A.Dance Project et crée le 17 septembre 2013 à la Maison de la danse de Lyon, à l’issue d’une résidence. L’œuvre est du pur Gat, vivante, structurée, généreuse, avec un gros travail sur le haut du corps, et sur les articulations. Les cinq danseurs en tenue de ville, se déploient de manière autonome  dans des courses et des développés athlétiques. C’est très agréable à regarder, et à écouter (Bach, Purcell et Beckett sont au menu) , c’est entraînant mais aussi léger, bien que redoutable à danser, mais les six danseurs de Millepied sont exceptionnels.

Vingt minutes pour souffler et les revoici dans Peripheral Stream, la création mondiale d’Hiroaki Umeda, le japonais qui aime à travailler avec des montages optiques  (en l’occurrence de la cinétique) qui peuvent être redoutables pour les yeux sensibles. Ici, les quatre danseurs devenus silhouettes s’infiltrent dans les lumières, pour mieux s’y désintégrer, donnant lieu à des effets visuels d’incrustation des corps dans la lumière et dans l’espace. Rien de révolutionnaire,  mais un vrai travail ténu, avec une chorégraphie parfaitement asexuée pour les garçons et les filles, sujet que l’on retrouve chez d’autres chorégraphes d’aujourd’hui.

Vient ensuite ce qui restera sans doute comme le moment fort de ce programme : un duo nommé Closer, crée en 2006 par Benjamin Millepied. Sur la musique répétitive de Philipp Glass, que Robbins aimait tant, Millepied a conçu un incroyable pas de deux de quinze minutes, avec de longs moments de portés forcément redoutables pour le danseur (Alexander Hille) et une dextérité technique pour la danseuse (inoubliable Céline Cassone, française évoluant, comme son partenaire aux Ballets Jazz de Montréal et se produisant en « guests » dans ce programme). Pourtant, cette virtuosité fascinante car jouant aussi sur la durée, ne met jamais à mal la pureté des sentiments de ce couple, qui nous semble être une suite de  Afternoon of a Faun de Robbins. Comme si le couple sortait du studio de danse et se mettait enfin à vivre ses sentiments. C’est de toute beauté, et l’on espère bien revoir ce duo, peut-être  sur la scène de l’Opéra de Paris, avec d’aussi bons danseurs.

Pour le dessert, Benjamin Millepied a donné à Justin Peck son baptême du feu parisien. Le petit prodige new yorkais n’a que 26 ans, déjà 19 œuvres au compteur,  une carrière de soliste au New York City Ballet  et même un poste de chorégraphe en résidence du NYCB depuis  deux ans. Alors? Alors, on a vu une création faite sur mesure pour les danseurs du LADP (et créée là aussi en septembre à Lyon) , Murder Ballades, création vive et pleine de fraîcheur sur un sujet musical (les ballades meurtrières) qui ne l’est pourtant pas. En short  ou jogging et baskets, six danseurs s’ébrouent, courent, s’envolent. Il y a du jeux d’enfants, de l’humour, de la ténacité, une rapidité d’exécution plus proche de Twyla Tharp que de Balanchine.  Ce n’est pas encore un chef d’ œuvre, mais c’est bien emmené.

En réalité, le chef d’œuvre de cette troupe à l’esprit collectif, ce sont avant tous les danseurs, qu’il faut tous citer (Aaron Carr, McKenna Birmingham, Laura Mead, Morgan Lugo, Anthony Bryant, Rachelle Rafailedes, Nathan Makolandra et l’incroyable Charlie Hodges) et qui font de cette troupe de petit calibre (huit danseurs seulement) une vraie compagnie de haut vol, que Paris a eu tôt fait d’adopter.

Ariane Dollfus – Théâtre du Châtelet – 7 mars 2014

Théâtre du Châtelet, Paris. Jusqu’au 9 mars 2014. Réservations : 01 40 28 28 40

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Comments

  1. Charles Cracker says:

    et bien……on verra,ne préjugeons de rien,ni dans un sens,ni dans l’autre……peut etre ne pa s oublier que la diversité crée l’interet et que l’Opera de Paris n’est ni une compagnie américaine,ni le Bolshoi non plus…..un zeste de « tradition »n’a rien de « ringard »,bref,on verra bien!

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