« Soleils » de Pierre Droulers

Pierre Droulers tourne relativement peu en France, et c’est dommage. Heureusement, Anita Mathieu a eu la bonne idée de programmer Soleils dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis.

Cette pièce, plutôt étrange, qui prend pour thème la lumière, plonge au cœur des ténèbres pour en faire émerger des aspérités lumineuses, entre sombres incandescences et flamboyants reflets.

 

 

La pièce commence avec l’apparition de danseurs encapuchonnés de noir et seul un soleil – qui rappelle immanquablement celui de Van Gogh qu‘il soit tournesol ou étoile dans la nuit – éclaire de sa course la scène qui très vite révèle des personnages hétéroclites, venus sans nul doute d’horizons divers pour former une drôle de bande qui s’adonnent à des rites bizarres. Il faut dire que le chorégraphe a puisé aux sources du Bunraku (marionettes)  japonais, et dans le vaudou, s’est souvenu de la poésie d’Emilie Dickinson ou à celle, rageuse, de Dylan Thomas, Soleils, convoque donc un monde composite d’où la mort n’est jamais absente et nimbe de sa lumière diaphane les courses et les rondes, les sarabandes et les tours. Évoquant des danses macabres médiévales ou tropicales, c’est à une vraie fête des lumières que nous convie Pierre Droulers : projecteurs, lumignons ou feu-follets font apparaître toutes sortes de puissances, d’ombres, d’irradiations et devient personnage à part entière.

 

Photos :  1 : D.R. 2 : Thibault Grégoire –  3,4,5 : D.R. – 6,7, 8 : Dominique Libert –  9 : D.R.

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D’une liberté totale, la danse se joue des références, avec ses caroles à trois temps sorties d’un autre âge, ses marches mélancoliques, ses unissons brisées, ses tours de derviches et ses tréssautements, ses rythmes primitifs, son énergie vibrante. Portée par les neuf danseurs masqués, déguisés par les trouvailles du styliste belge Jean-Paul Lespagnard, Soleils scintille de tous ses feux et forme une pièce brillante, totalement originale dans sa forme, dont le sens reste mystérieux, avant que l’ensemble ne vacille et retourne à l’obscurité première nous laissant « la nécessité de la beauté face à la grimace de l’histoire ».

 

Agnès Izrine

13 mai 2014 Espace Michel-Simon, Noisy-Le-Grand – Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis

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