« Drift » de Cindy van Acker

Cindy Van Acker, artiste flamande installée en Suisse, n’est pas une inconnue pour le public des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. Elle nous avait impressionés avec Corps 00:00 en 2002 qui examinait les relations du physique au mental en posant des électrodes sur son corps. Par des mouvements archaïques : reptation, roulades, chutes, enchevêtrements elle s’attachait aux réflexes inconscient qui permettent de réorganiser le corps précipité en situation de déséquilibre tandis que des stimulations électriques obligeaient les muscles à se contracter en l’absence de toute volonté. Aujourd’hui, avec Drift elle préfère citer Tim Ingold « Nous vivons dans un monde qui, avant tout, se compose non pas de choses mais de lignes. Au fond, qu’est-ce qu’une chose ou une personne, sinon un tissage de lignes – les voies du développement et du mouvement – à partir de tous les éléments qui la constituent ? »

 

Galerie photo de Laurent Philippe

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Drift signifie dérive en anglais et ardeur, pulsion ou colère en néerlandais, et enfin glissade ou dérapage contrôlé ou le dépôt laissé par le recul d’un glacier en français. Et dans cette pièce, Cindy van Acker et Tamara Bacci se laissent glisser dans la nuit qui occupe le plateau, faisant émerger de cette obscurité qui les entoure la ligne des bras, la courbe d’un dos, le galbe d’une jambe. Tout en lenteur, les deux interprètes se déplacent avec des gestes coulissants, comme mues par une géométrie stellaire, précise et indifférente à notre univers terrestre. Les cubes modulables qui servent d’environnement à la chorégraphie renforcent cette impression d’abstraction des corps, de leur neutralisation. Pourtant, la répétition de certains gestes machiniques imprime des sursauts à cet ensemble, des « impulsions » justement qui donnent à Drift du relief, comme un reste de cet infini glissement, comme une aspérité dans ce mouvement lisse. Le corps des deux danseuses, sujets principaux de cette chorégraphie, s’allongent ou se rétractent, s’imposent ou se dissolvent derrière les cubes qui occultent le regard. L’ensemble a la beauté d’une rêverie toute mathématique d’où surgirait, parfois, la grâce ineffable d’un visage. Avant que tout ne se résume dans la clarté de polygones qui s’allument progressivement et servent de toile de fond à des ombres devenues signes de l’écriture du mouvement.

 

Galerie photo de Laurent Philippe

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Agnès Izrine

Espace Michel-Simon – Noisy-le-Grand, Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis

 

 

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