Sharon Fridman crée « Caïda libre »

Sharon Fridman est la nouvelle shooting star des chorégraphes madrilènes. Il vient pourtant de Tel Aviv et n’a rien perdu de son énergie originelle, une sève particulière qui trouve sa source dans les danses traditionnelles israéliennes.

 

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On a pu voir sa dernière création, Al menos dos caras au Festival de danse de Cannes en 2013, et une ébauche bouleversante de sa création à venir Caida libre, à Madrid, en novembre dernier, à la plateforme Ventana de la danza, histoire de confirmer que ses pièces sont des manifestes, à l’instar de sa devise générale: « La danse n’est pas qu’une affaire d’esthétique, mais une pulsion vitale. » Aussi, il a horreur de tourner à vide: « Chaque créateur doit en permanence se poser deux questions: Que suis-je ne train de faire? Et surtout, dans quel but? » Pour des chorégraphes israéliens, la question se pose d’une acuité absolue, doublée d’une autre question fondamentale: Faut-il rester ou partir?

 

 

Fridman s’est installé à Madrid en 2006 et donc dans une Espagne en plein boom immobilier. Il quitta alors ce petit pays d’Israël qui est pourtant omniprésent à travers le globe, car fort efficace dans l’exportation de certaines denrées, tels les avocats et les grenades (façon verger), et pas moins prolifique quand il s’agit de cultiver et disséminer ses talents chorégraphiques. On les trouve aujourd’hui dans toutes les capitales de la danse, de Londres à Séoul, en passant par Amsterdam et bien sûr en France.

 

A Cannes, Frédéric Flamand ne s’est pas trompé en invitant Fridman avec Al menos dos caras (Au moins deux visages), un duo pour trois hommes (sic!), leurs corps et leurs visages, récit d’une lutte intestine pleine de violence, ponctuée par des promenades sur armoires en mouvement. Ces luttes pour l’équilibre sont aussi concrètes que figurées; une sorte de rêve fantasmagorique dans lequel on peut, bien sûr, lire un reflet des déchirements de la société israélienne. Mais l’Espagne ne compte pas moins de clivages qui mettent sa cohésion à l’épreuve.

 

 

En novembre 2013, Fridman était encore en tournée en Amérique latine avec justement Al menos dos caras, quand la Compañia Sharon Fridman (CSF) a présenté, en absence de son fondateur, dans le cadre de la plateforme Ventana de la danza à Madrid, une étape de travail de Caida libre, pièce plus qu’agitée, pour six danseurs. Projeté sur une lancée circulaire, ce groupe, cette communauté, court comme pour sauver sa vie. Ceux qui chutent sont repêchés, soutenus et réintégrés. Les forces physiques agissant sur les corps peuvent atteindre l’insoutenable. La prise de risque est réelle, comme au cirque, et rappelle des situations où tout est soufflé par une explosion.

 

Photos Jesus Ubera

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Le son des détonations concrétise de situations autrement métaphoriques, où les vortex mènent au vertige et interrogent la solidité des liens entre les différents éléments d’un ensemble. En ce sens, Caida libre est la suite logique de Al menos dos caras. Du vertige d’avant la chute, on passe à réaction à la chute, de la difficulté à être uni avec soi-même à celle d’échapper au magnétisme d’une communauté. Sans parler de l’effondrement d’un système économique, qui a donné à l’Espagne l’impression de se trouver en chute libre.

 

Une vidéo des répétitions :

 

Vu l’importance de la notion de communauté dans Caida Libre, il n’est que logique que la pièce existe dans deux versions, et surtout dans celle qui intègre la pratique, de plus en plus répandue de la community dance, lisez : spectacle participatif, ouvert à la population – moyennant ici la participation à un atelier de préparation. Et Fridman se lance dans sa Chute libre surtout à travers la version « communautaire », multipliant par là l’imprévisible et confirmant son engagement total.

 

Thomas Hahn

 

http://www.sharon-fridman.com

En attendant le passage de la pièce en France :

21 mai:  Festival Interplay 2014, Turín, Italie
> 4 juin: Dance Week Festival, Zagreb, Croatie
> 13 au 22 juin: Oerol Festival, Isla de Terschelling, Pays Bas
> 23 au 26 octobre: Mercat de les Flors (coproductor), Barcelone
> 4 novembre: Festival Romaeuropa, Rome

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Comments

  1. Quelle rigueur et délicatesse dans la description de l’Etat d’Israêl, quand bien même ces évocations seraient en lien avec le spectacle que je n’ai pas vu, ça doit être de l’humour de la part du rédacteur, allemand peut-être ? Enfin vraiment pas sérieux pour un journaliste. Et choquant pour le lecteur.

    • Chère lectrice
      Comme l’article ne contient aucune description de l’État d’Israël, nous vous demandons de bien vouloir le relire et de préciser votre pensée. C’est quoi exactement qui vous a choquée ?
      Telle quelle, votre réaction place le débat sur un terrain qui est hors sujet et relève d’un esprit de polémique qui n’est pas le nôtre. T.H.

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