Kaori Ito : « Asobi (jeux d’adulte) »

Devant un mur réfléchissant, deux femmes et deux hommes jouent avec leur image et leurs envies cachées, à la recherche d’une révélation. À quoi jouent-ils ?

Kaori Ito est cette très menue et incroyablement pétillante interprète chorégraphique, bien connue de chez Preljocaj, Decouflé, Thierrée et Platel, sans parler du magistral  Plexus qu’Aurélien Bory a écrit rien que pour elle, sur (dé)mesure. (https://dansercanalhistorique.com/2014/01/07/kaori-ito-est-elle-un-effet-special/)

Dans Asobi (jeux d’adulte), Ito nous amène, peut-être, dans une sorte de cabaret japonais. Et on se souvient : À travers Tatsumi Hijikata (1928-1986), les origines du butô sont étroitement liées aux lumières tamisées et à l’érotisme. Sur le plateau on retrouve bien cette ambiance cosy, face à un mur de fond réfléchissant la scène, autant que, par moments, le public. Mais Kaori Ito n’a jamais pratiqué le butô. Tous les Japonais ne sont pas passés par la danse des ténèbres, et Ito se dit déjà bien éprouvée par tous ceux qui lui renvoient leurs phantasmes sur la femme japonaise.

C’est justement sa raison de se pencher, dans Asobi, sur l’écart entre le paraître et la vérité intérieure de chacun(e), à partir de la réalité japonaise: « Dans Asobi, je veux montrer cette frustration et les désirs qui somnolent sous une surface qu’on nous a appris à voir comme notre culture. /…/ Il en résulte un spectacle sur le désir de danser, un désir qui est frustré car la danse est trop codée…»

 

 

Désir de débarrasser la danse des codes? Deux hommes et deux femmes se déshabillent, mais la moitié tournée vers la salle reste vêtue. La moitié nue se reflète dans le miroir floutant du fond de scène. Le clin d’œil à nos phantasmes est évident. L’image fonctionne parce que le contraste entre la parure officielle et la vérité intime est maximale. Mais déjà, l’image ne rencontre pas une idée chorégraphique précise. Cette marche au ralenti, mais fluide, investit un entre-deux beaucoup trop flou, n’est plus du ballet, et pas encore une évocation d’animalité. Aussi le premier tableau annonce d’emblée où se situe le dilemme d’Asobi, à savoir dans l’absence d’un langage artistique identifiable car défini. Dans un cabaret on sait bien où l’on se situe. Au ballet aussi.

 

Galerie photo de Laurent Philippe

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Asobi souffre-t-il d’être parti en tournée dans une version réduite? Le duo masculin reste inchangé, mais au lieu de trois danseuses en voici deux, Ito herself et Jann Gallois, d’une agilité et de gabarit comparable, car compacte, légère et filiforme. Peut-être alors que Gallois et Ito se ressemblent trop. Mais surtout, les sept musiciens de l’ensemble SPECTRA, sur le plateau à la création, sont remplacés par une bande son. Si les compositions de Guillaume Perret et Marybel Dassagnes flirtent (un peu trop) élégamment avec le classique, le tango et la pop japonaise, la présence de musiciens sur le plateau peut changer l’esprit d’une création comme celle-ci. Elle peut injecter une dimension plus dramatique, soumettre les danseurs à une dimension supplémentaire du regard et dépasser le quatrième mur qui enlève à ces jeux d’adulte leur capacité à troubler le spectateur.

 

Galerie photo de Laurent Philippe

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Ito entend lutter contre les stéréotypes, mais elle s’y perd. Une goutte d’érotisme, un chouya de violence, un brin de grotesque, un flirt avec l’académisme tout de même. Asobi tente de se dégager de l’esthétisme classique, mais n’y parvient pas. La présence permanente des quatre interprètes réduit les possibilités d’articulation dramaturgique et de focus. Rien n’y prend vraiment forme, et les beaux solos (Jann Gallois est aussi vivace que dans son remarquable p=mg)  ne construisent ni récit ni géographie chorégraphique. Tout s’évapore dans un no-mans-land. Au bout du compte, ces jeux d’adulte conviennent sans doute mieux au regard d’un public jeune.

 

Thomas Hahn

Théâtre national de Chaillot 21-23 mai, 19h, Grand Foyer

Asobi

Chorégraphie et mise en scène : Kaori Ito

Avec Kaori Ito, Jann Gallois, Peter Juhasz, Csaba Varga

 

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