Myriam Gourfink : « Souterrain »

Toujours pareilles, les créations de Myriam Gourfink ? Enfin, presque… D’une pièce à l’autre, les nuances se révèlent et s’affirment, exactement comme au cours de chacune de ses chorégraphies.

Cet univers singulier, fort de sa lenteur radicale, agit tel un microscope. D’infimes différences prennent alors une ampleur considérable et captent le regard. L’étirement du temps, poussé à l’extrême, fractionne chaque mouvement et le révèle de l’intérieur.

 

"Souterrain"@ D.R.

« Souterrain »@ D.R.

Il y a chez cette prophète de la recherche sur le souffle, la conscience et le temps également une dimension rituelle, comme dans les formes de danse traditionnelles, dans le sens où le spectateur sait exactement ce qu’il vient voir, qu’il aime retrouver cet univers et que sa perception va se porter sur les nuances dans l’approche ou l’interprétation.

D’une pièce à l’autre, les variations ressemblent aux évolutions qu’on observait chez Merce Cunningham, avec une curiosité toujours renouvelée. Et comme le maître New yorkais, Gourfink pousse les corps vers leurs limites. Si Merce trouvait l’intérêt d’un mouvement là où il commençait à avoir l’air maladroit, Myriam l’interroge dans sa dialectique fractale, dans le jeu des structures et la continuité du geste.

Dans Souterrain, dix danseurs évoluent librement dans l’espace, soumis uniquement aux forces d’attraction des uns sur les autres. Des ensembles se construisent et se dissolvent dans un rythme régulier, comme dans une respiration partagée. Partant de positions très variées, les corps se rejoignent debout, dans des constellations toujours renouvelées. Au fil des tableaux, ils entrent en contact physique jusqu’à former des créatures fusionnelles, à travers accolades, appuis sur l’autre et même portés, du jamais vu chez Gourfink.

 

"Souterrain"@ D.R.

« Souterrain »@ D.R.

Se produit alors le miracle de voir les ensembles, dans leur complexité augmentée par la coordination de deux entités, évoluer dans une fluidité qui dépasse celle des cheminements individuels. Souterrain est porté par des ambiances musicales mystérieuses qui semblent en effet parvenir d’en-dessous, comme tamisés, ce qui est rare chez Kaspar T. Toeplitz, compositeur, indéboulonnable acolyte de Gourfink, partie intégrante de cette aventure artistique et habituellement un adepte d’assauts acoustiques non modérés. C’est justement la présence plus mentale que physique des ondes, qui permet à ces créatures souterraines d’aller les uns vers les autres et de fusionner en douceur.

 

Thomas Hahn

22 et 23 mai 2014 – Le Forum  Le Blanc Mesnil – création aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis

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