Simone Aughterlony : « After Life »

Après Show and Tell, After Life est le deuxième volet de la trilogie de Simone Aughterlony, consacrée à l’histoire du corps pris dans ses moments existentiels. Mais cette fois, elle nous montre l’envers du décor. Pour la scène, c’est littéralement le décor de la pièce précédente, mais vu côté coulisses, pour la vie, c’est l’au-delà. Voilà donc Simone Aughterlony et le DJ et performer Nic Lloyd dans la peau de revenants, la première en squelette et l’autre en spectre, pour un corps à corps qui a tout de la danse macabre.

 

 

Mais pendant ce temps, les techniciens démontent le décor. Passent et repassent devant nos trépassés sans leur prêter la moindre attention : ils ne les voient pas ou comptent la mort pour quantité négligeable. Un peu dépités par ce manque de considération, ils se livrent donc à des activités de vivants, faire les courses, danser, se prendre dans les bras, baiser, manger, mais toujours décalés car leur monde n’est déjà plus tout à fait le nôtre et leurs gestes sont débarrassés de toute réelle utilité, décrochés de toute nécessité, de toute contingence. Joli parallèle avec la nature même de la danse et, partant, de toute chorégraphie. Leur gestuelle, un peu hésitante, un peu maladroite, semble hantée par l’anéantissement, à l’image de ce fantôme qui se glisse dans l’entrebaillement d’une fausse porte. Il y a une nostalgie infinie dans leurs étreintes où le masculin et le féminin n’ont plus qu’un genre, celui de la mort. Et une drôlerie singulière et poétique dans leur désir d’accorder leurs mouvements dans cet espace qui ne ressemble plus à rien, un lieu hors du temps, hors de notre société consumériste, un lieu en train de se défaire pendant que les techniciens embarquent avec les murs et les panneaux, tous les objets du passé, pauvres reliques de disparus, et valsent après avoir tout fait valsé !

 

After Life @ C. Spoerri

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Dans ce monde qui obéit à d’autres règles, nos esprits peuvent alors se livrer à de curieux pique-niques à mi-chemin entre Le Déjeuner sur l’herbe et un tableau d’Arcimboldo, à de plus étranges strip-tease, à des enlacements qui ressemblent à des disparitions, à des danses désaccordées.

After Life est un magnifique spectacle, troublant, tout en délicatesse et en subtilités, avec cet humour en demi-teinte qui est la signature de Simone Aughterlony.

Agnès Izrine

24 et 25 mai 2014 – La Chaufferie Saint-Denis – Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis

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