Lisbeth Gruwez « AH/HA »

Après Maguy Marin, et La Ribot, Lisbeth Gruwez est la dernière chorégraphe à s’attaquer au rire, mais si la première en retenait les aspects les plus cyniques de ce qui le déclenche, la seconde son côté irrépressible et menaçant, sinon effrayant, Gruwez, quant à elle, s’intéresse davantage à ses impacts physiques et physiologiques.

 

Sur scène, cinq personnages typifiés dans des accoutrements dignes d’un stylisme mi déviant, mi cocasse avec néanmoins une immanquable « british touch », surtout si l’on s’attache aux chaussures comme aux chaussettes, se tiennent immobile sur un plateau qui a tout du terrain de golf (et nous rappelle la scénographie de Tempo 76 de Mathilde Monnier) avec son vert pré. Pas pour longtemps. Car bientôt, les voilà tous secoués en mesure, au son d’un grincement métallique type matelas d’antan qui imprime à leurs mouvements une sorte de séquençage stroboscopique.

Mus par ce ressort implacable, les corps entament alors une sorte de danse de Saint-Guy, méticuleuse performance réglée au millimètre dans ces rapprochements et ses évitements, assortie d’un travail sur les expressions du visage totalement fabuleux.

 

 

Mais bientôt ces secousses inexorables sont perturbées par des déferlements de rire muets, dont les afflux submergent l’ordonnancement de ces corps contraints par la trépidation saccadée. Les figures se déforment bientôt et tandis que l’un des personnages reste bloqué dans un sourire béat, les autres sont bientôt ravagés par l’effroi ou la douleur, suivant ainsi le retournement contenu dans le titre AH/HA. La fin est d’une beauté à couper le souffle.

À la fois drôle, intelligent, savoureux jusque dans ses moindres détails, AH/HA est une méditation sur le corps mu et ému par une force qui le dépasse et l’agit. Soit l’envers exact de toute pièce de danse, quel qu’en soit le style, et l’opposé radical du point de vue d’un danseur. Le tour de force de cette pièce tient d’ailleurs à ce « double bind » qui demande une maîtrise absolue des gestes et des affects pour mettre en lumière ce qui du corps, échappe à la volonté.

Magistral !

 

Agnès Izrine

13 et 14 juin 2014 – Nouveau théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès – Rencontres chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis.

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