« Diary of an Image » de DD Dorvillier

Un spectacle non frontal a toujours le mérite de mettre en scène le public qui devient ainsi partie prenante de la scénographie et du propos chorégraphique. Pour Diary of an image, DD Dorvillier place les spectateurs sur des coussins, sur les quatre côtés d’un carré.

 

 

"Diary of an image"@ Eileen Travell

« Diary of an image »@ Eileen Travell

Aussi le public représente peut-être la bordure ou les enjolivures dudit journal intime, l’image se construisant sous ses yeux, sur la page blanche du tapis de danse. Cette image traverse le temps, les styles et l’histoire de la danse américaine depuis les années 1970.

Au cœur des souvenirs de Dorvillier, on retrouve le minimalisme si puissant à partir des années 1980. La musique est un « opéra en code morse » de Zeena Parkins, tissé dans un croisement de sons continus (son piano est augmenté de huit aimants) et intervalles de sons uniques, sorte de métronome qui mesure la régularité des appuis sur talons et pointes de Dorvillier et Katerina Andreou, présence intrigante dotée de la précision d’une ballerine.

 

 

Mais la démarche de la répétition à l’infini d’une même phrase chorégraphique est ici appliquée à la square dance, et donc à une culture populaire, non sans rappeler en même temps la danse pour plateaux de télévision et donc l’univers le plus actuel et le plus américain qui soit. Les drapeaux colorés qui décorent recréent la référence à une culture festive et populaire, tout en rappelant par leur régularité l’univers minimaliste.

"Diary of an image"@ Eileen Travell

« Diary of an image »@ Eileen Travell

Tout est cependant lié aux recherches sur la marche et la station debout menées par Steve Paxton depuis les années 1960. Si les danseuses mettent en crise et subliment la marche, la pose verticale du bipède se reflète dans trois silhouettes de femmes, miroirs à doubles faces. Leur présence innerve et structure l’aire de jeu, représentant trois femmes qui ont compté dans la vie de Dorvillier, à savoir Jennifer Lacey, Sarah Michelson et Jennifer Monson.

En toute absence physique, elles deviennent chanteuses, le son se baladant de l’une à l’autre comme dans un dialogue vivant. L’unique note chantée reste cependant immuablement la même. Dans Diary of an Image, mobilité et immobilité se traversent donc mutuellement, à travers les dimensions spatiales et temporelles, matérielles et immatérielles, pour construire une grammaire minimaliste. DD Dorvillier, une structuraliste ?

Thomas Hahn

 

Création au festival June Events, les 19 et 20 juin 2014

 

 

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