Que se passe-t-il à Montpellier Danse ?

Le spectacle d’ouverture du Festival Montpellier Danse, soit Empty Moves d’Angelin Preljocaj a été annulé à la suite d’une occupation du plateau par environ 200  membres du Mouvement unitaire Languedoc-Roussillon (mais surtout des précaires, des chômeurs et des intermittents extérieurs au festival) le 22 juin dernier. Hier soir, voulant réitérer la même action, et d’une manière plus violente, les « intermittents » avaient déjà envahi le plateau avant même l’ouverture du théâtre de l’Agora. Les grilles de la salle sont donc restées fermées, entraînant l’annulation du même spectacle. Retour sur les événements

L’ouverture du festival Montpellier Danse était un enjeu stratégique pour l’ensemble de la profession. En effet, tout le monde sait que Montpellier Danse a été le premier festival à être annulé en 2003.

Depuis le 16 juin, où tout le personnel de Montpellier Danse s’était mis en grève pour soutenir le mouvement des intermittents contre l’agrément de l’accord du 22 mars 2014, il y a eu cinq assemblées générales pour décider quelle(s) action(s) mener.

« Depuis le 5 juin, précise Alexis Ruiz-Salmeron, délégué du personnel de Montpellier Danse, lors d’une conférence de presse ce matin, nous nous rendons au Printemps des comédiens (qui a été annulé jour après jour depuis cette date) pour prendre la température et demander des conseils. »

 

Intermit

 

Samedi 21 juin, à 15h30 le festival a réuni une AG de tous les personnels sous contrat avec Montpellier Danse (permanents et intermittents) à l’issue de laquelle il a été décidé de voter pour ou contre la grève. Sur 189 inscrits et 118 votants, 39 se sont exprimés pour, 67 contre, 11 ont voté blanc et un bulletin était nul. »

Angelin Preljocaj, s’est rendu également au Printemps des Comédiens pour discuter avec les grévistes. Bien que pensant « qu’il fallait jouer, car c’est notre substance, ajoute le chorégraphe, j’ai proposé moi-même d’annuler la Première en signe de soutien, (alors que ça me fendait le cœur), ainsi que d’organiser d’autres actions choc, à la condition de pouvoir jouer les autres représentations, afin de maintenir le lien avec le public. » Mais ils n’ont pu lui garantir cette possibilité. Du coup, il s’est désolidarisé des modalités d’action choisies par le  mouvement.

La CGT-spectacle a justifié après-coup le blocage en disant que les personnels de Montpellier Danse avaient subi des pressions du ministère de la Culture et de la direction de Montpellier Danse. Ce que ces mêmes personnels réfutent avec véhémence. Faisant même remarquer que toutes les précautions avaient été prises pour que ce vote ne soit pas contesté, notamment, des urnes transparentes, un bureau ouvert jusqu’à 21 heures pour que toutes les catégories de personnels puissent s’y rendre, deux assesseurs pour vérifier la régularité du vote (dont un intermittent), et enfin la procédure même du « bulletin secret » qui garantit la liberté de conscience.

 

Sans-titre-1

 

Jean Paul Montanari, directeur du festival Montpellier Danse, faisait remarquer lors d’une conférence de presse ce matin que le festival emploie 150 intermittents pour un total de 8000 heures de travail. Et affirmant que « seuls les artistes l’intéressent », et « bien qu’il soit solidaire du mouvement des intermittents » il a par ailleurs relevé, que, contrairement au mouvement de 2003, les artistes de 2014 se sont prononcés contre la grève, et contre l’annulation, et que sa mission consistait à les suivre : « dans cette maison, ce sont les artistes qui commandent et ils veulent travailler ».

Il a par ailleurs rappelé que l’annulation du festival coûterait 400 000 € et qu’il faudrait ensuite éponger le déficit sur la saison et les années suivantes, ce qui entraînerait, mécaniquement, une réduction d’activité – soit des contrats en moins pour les artistes comme pour les techniciens, et qu’enfin il était tout à fait ouvert à toute action alternative pour exprimer « notre volonté que le gouvernement n’agrée pas cet accord. »

 

Curieusement, Angelin Preljocaj semble le seul à faire les frais de la colère. À cause du symbole que représente le lieu ? Le nombre de spectateurs ? La visibilité médiatique ? L’ensemble de ces raisons ? Probablement. En tout cas, « House » de Sharon Eyal au théâtre de la Vignette et « Tout ordre perd finalement de sa terreur » d’Hooman Sharifi au studio du Centre chorégraphique national de Montpellier ont bien pu avoir lieu hier.

 

Agnès Izrine, en direct de Montpellier Danse.

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