Brumachon-Lamarche : « Les Exilés »

Dans l’univers du sculpteur Ossip Zadkine (1890-1967), le corps humain est rarement au complet. Des bustes et encore des torses, taillés dans la pierre ou le bois tels des troncs d’arbres. Manque le visage à un tel, les bras ou le ventre à telle autre, alors que certains semblent à peine se dégager de leurs matériaux. Chez Zadkine, le non finito se taille une belle part de cubisme, pour aller vers une sorte de « trop-fini », avec certains corps comme coupé à la scie.

Quand le Parisien d’origine russe sculpte le métal, il crée des personnages aux entrailles transpercées et déchirées, comme chez les bronzes exposés dans le jardin du musée. Ces corps-là peuvent également évoquer des machines. Les matériaux suggèrent puissance et résistance, mais il n’en est rien.

 

Galerie photo de Laurent Philippe

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Zadkine n’est pas un Bourdelle bis, les muscles ne jouent ici aucun rôle. Les parties manquantes renforcent la présence d’un ensemble amputé. Le non-accomplissement fait ressortir les lignes de fuite, entre élégance et fragilité. Leur force est celle de la sensibilité assumée, d’une idée d’abstraction qui les effleure et qui peut aussi les ronger de l’intérieur.

Grâce aux huit danseurs du CCN de Nantes, dont les deux chorégraphes, le Musée Zadkine tout entier était hanté par Les Exilés, du jardin aux salles d’exposition et jusque dans l’atelier du maître. Le torse nu, vêtus de slips en coton et de jupons tramés, deux femmes et six hommes sont à leur tour comme possédés par le lieu.

Galerie photo de Laurent Philippe

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Ces exilés de leurs propres corps renaissent par la danse, dans un investissement absolu et presque spirituel. Plié, articulé, comme s’il cherchait à se réassembler, le danseur devient ici sculpteur et sculpture en même temps. Il reprend à son compte le cubisme compassionnel de Zadkine. Tout se joue dans les failles entre une présence organique et une énergie paradoxale qui émane de l’arrachement, du deuil. L’univers musical de Christophe Zurfluh traduit ces errances par de subtiles résonances pleines de mystère.

Après avoir investi le Musée Bourdelle avec deux créations en 2003 et 2012, Brumachon-Lamarche ont donc travaillé, en affrontant Zadkine, sur une sorte d’antithèse où l’énergie est intérieure et calme, où les créatures sont bien plus difficiles à aborder que les corps en puissance et en mouvement de Bourdelle. Mais la rencontre est d’autant plus riche d’émotions.

 

Thomas Hahn

 

Paris, Musée Zadkine, 11-16 juin 2014

www.zadkine.paris.fr

www.ccnn-brumachonlamarche.com

 

Création 2014 – Pièce pour 8 danseurs
Chorégraphie
: Claude Brumachon
Assistant : Benjamin Lamarche
Répétiteur : Vincent Blanc
Interprètes lors de la création : Claude Brumachon, Steven Chotard, Lise Fassier, Mickaël Frappat, Julien Grosvalet, Benjamin Lamarche, Martin Mauriès, Valérie Soulard
Création musicale : Christophe Zurfluh
Création lumière : Olivier Tessier
Production : CCN de Nantes
Avec le soutien de l’Etablissement Public Paris Musées et de la Ville de Paris. Remerciement à SONOS pour sa participation technique.

 

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