« Empty Moves I,II,III » à Montpellier Danse

On a finalement eu la chance de voir Empty Moves d’Angelin Preljocaj après deux soirs d’annulation à Montpellier Danse et c’est tant mieux.

On avait déjà vu les parties I (créée en 2004) et II (créée en 2007) d’Empty Moves, notament au Festival Montpellier Danse 2008, qui, déjà, avait réuni les deux premières. Il s’agit donc de l’ajout d’une troisième partie sur la partition sonore d’Empty Words, une conférence de John Cage enregistrée au Teatro Lirico de Milan le 2 décembre 1977. Ce qui caractérise cet enregistrement est qu’il comporte, outre la lecture de John Cage qui joue avec le texte d’Henry David Thoreau « De la Désobéissance civile » en la transformant en poésie de phonèmes et de sons, mais aussi les réactions de plus en plus réfractaires d’un public peu préparé à cette distorsion du langage.

 

 

Les quatre danseurs, par contre, sont d’une précision absolue quant au vocabulaire chorégraphique. Vêtus de shorts ou culottes et de simples T-shirts acidulés, sur un plateau nu, il ne leur reste donc que la danse qui, comme le préconisait Merce Cunningham « doit se suffire à elle-même ». Et c’est le cas. Preljocaj déploie pendant cette heure et quarante cinq minutes que dure le spectacle, une sorte de syllabus fantastique de son écriture, que l’on retrouve traversée par ses chorégraphies, un peu de Quatre saisons ici, de Funambule par là… le tout dans une abstraction totale, mêlant à la fluidité, des arabesques, des gestes anguleux à des portés audacieux, dans des imbrications subtiles.

La bande son de John Cage ponctue de façon étrange la performance des danseurs, donnant une couleur contrastée aux mouvements parfaitement maîtrisés, d’une belle architecture, qui se déroule sous nos yeux tandis que la clameur monte de la foule, et que les vociférations augmentent, finissant presque par provoquer une sorte « d’effet Koulechov » sur la chorégraphie.

 

Galerie photo Jean-Claude Carbonne

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Il faut une endurance peu commune pour mener à bien un tel quatuor sur une telle durée. Il faut aussi une concentration exceptionnelle pour enchaîner, sans coup férir, des phrases chorégraphiques d’un seul tenant et sans repères rythmiques ou musicaux !

Bien sûr, on devine peu à peu la fatigue s’immiscer dans les corps, dans les gestes, qui s’alourdissent ou se ralentissent avant de repartir avec un nouvel élan.

C’est l’une des meilleures pièces d’Angelin Preljocaj, et sans doute l’une de ses plus ardues et de ses plus fascinantes, qui prouve, pour ceux qui en douteraient encore, qu’il est un grand chorégraphe, un de ceux, en tout cas, qui savent créer une grande pièce de danse pure. Et il y en a peu.

 

Agnès Izrine

Festival Montpellier Danse le 24 juin 2014, Théâtre de l’Agora

 

CHORÉGRAPHIE Angelin Preljocaj

AVEC Virginie Caussin, Sergio Diaz, Yan Giraldou, Yurie Tsugawa /Fabrizio Clemente, Baptiste Coissieu, Natacha Grimaud, Nuriya Nagimova (en alternance)

CRÉATION SONORE John Cage, Empty words

REMERCIEMENTS À Goran Vejvoda

ASSISTANT, ADJOINT À LA DIRECTION ARTISTIQUE Youri Van den Bosch

CHORÉOLOGUE Dany Lévêque

DIRECTEUR TECHNIQUE Luc Corazza

REGISSEUR GÉNÉRAL Guillaume Rouan

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  1. Parisiens, le spectacle est programmé au Théâtre de la Ville en février 2015.

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