Marlène Monteiro Freitas création à Montpellier Danse

De marfim et carne – as estátuas também sofrem (d’ivoire et chair – les statues souffrent aussi)a été créé spécialement, avec son collectif détonnant, Bomba Suicida, pour le festival à l’issue d’une résidence à l’Agora, Cité internationale de la danse, en mai dernier, avec le soutien de la Fondation BNP Paribas.

Marlène Monteiro Freitas, est née au Cap Vert. Interprète pour Emmanuelle Huynh, Tania Carvalho, Boris Charmatz, ou Loïc Touzé, elle a aussi chorégraphié dans des spectacles de François Chaignaud et Cécilia Bengoléa ou Trajal Harrell.

Dans De marfim et carne – as estátuas também sofrem, tout est surprenant. Ces personnages encapuchonnés de peignoirs chinois bleu et noir, ces gestes machiniques et saccadés qui s’accordent à une bande son tout aussi industrielle, avec ses arrêts, ses stridences, et brusques vrombissements. Bien sûr, on pense à un travail à la chaîne, mais ici curieusement inutile et improductif. Sur un écran, défile une prise de position en faveur des intermittents… Serait-ce une parabole du travail artistique ?

 

@ D.R.

@ D.R.

Mais soudain, le ton change. Marlène Monteiro Freitas laisse tomber le peignoir pour se lancer dans une danse, sorte d’hybride de Jean-Paul Goude et d’accumulations de Trisha Brown, mâtinée d’un clin d’œil, tout de même, aux Temps modernes de Charlie Chaplin. C’est plutôt prenant et bien mené, assez jouissif, il faut bien le dire.

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Reste que la mécanique apparemment bien rôdée ne demandait qu’à s’emballer : avec trois musiciens qui ponctuent vite de coups de cymbales bien ajustés la suite du spectacle frise l’improbable. Les visages des performeurs se déforment, se disloquent par l’effet de grimaces ou de maquillage, ne perdant jamais le rythme implacable qui les précipite dans des poses absurdes ou étranges. La plupart du temps bouche-bée, on ne sait si ces « statues » sont humaines, animales ou simplement grotesques. D’ivoire ou de chair ? La question ne se pose plus tant le spectacle nous montre l’ensemble des gestes aberrants que l’homme se révèle pourtant capable d’accomplir. Et en ce sens, De marfim et carne – as estátuas também sofrem est bien plus proche de la célèbre phrase de Spinoza – certes un peu mise à toutes les sauces dernièrement – à savoir « on ne sait ce que peut un corps » que de Pygmalion auquel Marlène Monteiro Freitas se réfère dans son programme. Finalement, le machinal se déborde lui-même, de précis, il devient baroque, boursouflé comme la variation finale de Casse-Noisette de Tchaïkovsky qui devient dans cette bande son aussi emphatique qu’une B.O. de blockbuster dramatique.

 

@D.R.

@D.R.

L’ensemble n’est pas seulement drôle ou décalé, il est profondément émouvant. Et ces statues sont bien celles qui enferment notre chair – ou nos émotions à l’intérieur de nous. À jamais figées sous le marbre de la société.

Agnès Izrine

 

Centre Pompidou : jeudi 12 et vendredi 13 mars à 20h30.

Biennale du Val de Marne / Théâtre Paul Eluard (Choisy le Roy) : mercredi 1er avril.

Artdanthé / Théâtre de Vanves : samedi 4 avril.

 

Distribution :

Chorégraphie Marlene Monteiro Freitas
Avec Andreas Merk, Marlene Monteiro Freitas, Lander Patrick, Betty Tchomanga
Musique Cookie (percussion), Tiago Cerqueira (son et édition)
Lumière Yannick Fouassier
Recherche Marlene Monteiro Freitas, João Francisco Figueira

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