Jan Fabre à Montpellier Danse

« Attends, attends, attends (pour mon père) » ou Cédric Charron par Jan Fabre

Perdu dans les limbes, dans cette soudure incertaine entre l’horizon et le ciel où s’oublient les nuages, un homme vêtu de rouge écarlate, pousse un long aviron comme pour naviguer sur cette aire de brume, lagunaire, mystérieuse. L’image est d’une beauté plastique stupéfiante. « Père.Attends, attends, attends… » et tandis que la nuée retient toutes les issues de l’âme, où l’homme est comme saisi par ce brouillard prêt à l’engloutir, son bras et sa rame reprennent possession de l’étendue, emportant avec lui quelque chose de son père et peut-être de nous. Le texte, superbe, écrit par Jan Fabre, un portrait, comme il en a le secret, de Cédric Charron, avec lequel il collabore depuis de nombreuses années, rassemble bien des images. Et si l’on voit au premier regard le passeur des ombres qui sait naviguer d’une rive à l’autre du Styx, comment ne pas penser aussi à Wotan, dieu du voyage et des morts, errant sur la lande des Nornes dont le fils brise la loi et la lance ?

 

Galerie photo de Laurent Philippe

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« Le jour où après bien des scrupules, tu as accepté que je veuille danser et jouer sur scène, mon corps s’est senti libre de bouger et de regarder dans un temps sans âge » raconte ce Char(r)on qui parfois joue les loups ou les Cerbères. Le récit convoque rites funèbres et éléments biographiques écrits à deux voix. Il prépare son père pour sa dernière traversée, convoque les fantômes, réveille les morts. Car si cette « lettre » s’adresse au père de Cédric, on ne peut s’empêcher de penser que c’est aussi un adieu que Jan Fabre destine au sien. Profondément intime, grondant comme la musique qui parfois nous écorche, le langage d’Attends, attends, attends… (pour mon père) creuse à plein cœur et à plein ventre, nous absorbe dans ses méandres. Il nous emmène dans sa barque pour dériver sur ces lignes lointaines, parfois nous saisir à la gorge tandis que l’on s’enfonce dans la moiteur de ce paysage vaporeux, et qu’il s’élance soudain happé par une sorte d’élasticité secrète.

 

Galerie photo de Laurent Philippe

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Cédric Charron est impressionnant dans ce rôle qui demande autant de talent dramatique que chorégraphique. Et Jan Fabre a le génie de le faire surgir.

Agnès Izrine

2 au 6 juillet 2014 – Montpellier Danse Studio Bagouet

En tournée

19 et 20/07/2014
Civitanova Danza, Civitanova Marche, IT
23/07/2014

Mittelfest, Cividale del Friuli, IT

 

 

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Trackbacks

  1. […] per non essere inghiottito dalla nebbia. «Un testo superbo, profondamente intimo – scrive la stampa francese – e ricco di immagini plastiche di grandissima suggestione. Un poetico omaggio di un figlio […]

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