«L’Oublié(e) » de Raphaëlle Boitel

Comédienne, danseuse, circassienne, interprète chez James Thierrée ou Aurélien Bory, Raphaëlle Boitel signe une première œuvre entre noirceur et luminosité, qui donne vivement l’impression d’être plus ou moins autobiographique. Du souvenir, réel ou imaginé, la jeune femme puise un profond ressenti, et de là laisse aller ses visions.

L’histoire se tisse autour de trois femmes, deux à la sororité troublante et une figure de mère, et d’un homme inconscient, probablement dans le coma.
Sur le plateau, très sombre, des silhouettes en ombre chinoise se découpent dans un cadre de lumière. Elles sautent comme des diablotins sur le corps alité pour le réanimer. Sans succès. Tout va alors basculer, passer dans une dimension différente, un au-delà …

 

Photos de Vincent Beaume

Dans l’au-delà fantasmé et symboliste de Raphaëlle Boitel, se déploie un monde onirique, étonnant, où les corps harnachés par des sangles sont projetés au sommet de grandes toiles, propulsés de manière surnaturelle. Transgression de la pesanteur comme métaphore d’une libération, ou passage éclair de l’autre côté, comme Alice tombant dans son trou vertigineux ? Rien n’est dit, tout est suggéré, dans la perception. Perception qui varie au gré d’habiles filtres, écrans de tulle ou découpes lumineuses, cadrages élaborés amenant le spectateur à zoomer sur une action précise. L’aspect cinématographique est constant, à tous les niveaux.
Il arrive parfois qu’au travers d’un voile s’échappe un simple souvenir d’enfance, comme un dîner de famille, magnifique moment, ou encore qu’une scène bascule dans le fantastique, femmes en somptueuses robes noires glissant au sol (la technique impressionne toujours), sur fond d’orage déchainé. Au sol, la gestuelle est saccadée, les mouvements stroboscopiques sont accentués par une musique « pulsatile ».

 

Galerie photo de Franck Berglu

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Invitant toutes sortes de personnages référents, on pense à Méliès et à son complice l’illusionniste Robert Houdin, l’artiste joue à brouiller les pistes, créer des fantasmagories, juxtaposer les rôles et les images ou faire apparaître des figures disparues comme Loïe Fuller, véritablement ressuscitée le temps d’un instant.
La pièce parle de la mort, de la perte, de la peur du néant cristallisée par le coma de l’homme. Elle ranime mythes et contes, invite au rêve. Et en dépit d’une dramaturgie un peu faible et éparse, le charme opère.

Marjolaine Zurfluh

jusqu’au 12 juillet à La Grande Halle de La Villette – Paris

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