Naissance d’un nouveau pôle chorégraphique

Unir ses forces et ses qualités pour faire vivre aujourd’hui l’esthétique de la danse classique : ainsi peut être résumé l’objet du pôle chorégraphique créé par les chorégraphes Charles Jude, Kader Belarbi et Thierry Malandain, respectivement à la tête des ballets de l’Opéra de Bordeaux, de celui de Toulouse et du Malandain Ballet Biarritz. Le week-end de danse organisé à Biarritz les 5 et 6 juillet et rassemblant pour la première fois sur un même plateau les trois ballets au complet, en offrait une première démonstration. Soutenu par le ministère de la Culture, le Pôle de coopération chorégraphique du Grand Sud-Ouest, initié en 2012, mène une réflexion partagée sur plusieurs sujets : les conditions de production et de création de nouvelles pièces et de nouveaux chorégraphes, la formation et la carrière des danseurs, les pratiques professionnelles.

 

 

Avec quelques-unes en France, les trois compagnies ont en effet en commun de revendiquer haut et fort l’héritage d’une grammaire académique à laquelle ont été formés leurs directeurs. Ces derniers, tout en ayant à cœur d’en renouveler les formes et l’esthétique, n’entendent pas pour autant renier leurs « racines ». Ils s’attachent à concilier tradition et modernité, ainsi qu’à transmettre le grand répertoire qui les a nourris.

Le Ballet du Capitole

 

 

Leur ambition semble a priori plus que légitime dans une France qui a vu naître, il y a trois siècles, la danse classique et qui n’a cessé depuis d’en réinventer les figures. Elle se heurte toutefois à un certain nombre de difficultés que le trio a soulignées avec un bel ensemble, au cours d’une conférence de presse précédant les spectacles. À commencer par le faible nombre, en France, de danseurs formés aux exigences du Ballet et de troupes s’y consacrant. Cinq cents interprètes classiques employés en CDI, c’est peu pour la patrie de la danse. Surtout en comparaison d’autres pays où non seulement les danseurs, mais les compagnies classiques ou néoclassiques, sont proportionnellement plus nombreuses. La raison de ce constat inquiétant tient notamment aux carences de l’enseignement de la danse et à l’abandon par les conservatoires municipaux de leur mission de transmission et d’excellence, constat que déplore depuis de nombreuses années Thierry Malandain. D’où une réelle difficulté, de la part des directeurs de Ballet, à recruter en France des danseurs « au niveau », et la désaffection de la plupart des jeunes chorégraphes, formés dans les mêmes écoles, pour cette écriture. Elle tient aussi, sans doute en partie, à la suprématie médiatique exercée depuis les années quatre-vingts par une certaine danse contemporaine dont les « diktats » avaient relégué le classique au rang des pires ringardises.

Le Ballet national de Bordeaux

 

Pourtant, un large public continue à apprécier ces œuvres, comme en témoignent les très nombreuses tournées en France et à l’étranger du Malandain Ballet Biarritz, par exemple. Et il suffisait d’assister à la création en avant-première d’ Estro, de Thierry Malandain, pour mesurer combien ce langage-là avait encore de choses « magifiques » à dire. Souhaitons donc que le succès de cette première réunion d’envergure, ainsi que les mesures annoncées – soutien par les trois ballets aux jeunes créateurs « classiques d’aujourd’hui », accompagnement et réalisation de nouvelles productions, mise en place d’un parrainage et d’un comité de suivi pour les jeunes chorégraphes, étude d’un concours itinérant entre les trois villes consacré aux « Classiques d’aujourd’hui » –permettent un nouvel élan régional et une prise de conscience collective.

 

Isabelle Calabre

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