« Lied Ballet » de Thomas Lebrun

Présentée au Cloître des Carmes pendant le Festival d’Avignon, la dernière création de Thomas Lebrun se penche sur la culture chorégraphique à travers l’écriture du Lied.

La forme du lied est extrêmement simple, c’est ce qui fait sa difficulté. Avec un piano et une voix, impossible de tricher ou de se complaire dans un discours, il faut juste le « donner », et le donner « juste ».

En intitulant sa pièce Lied Ballet, Thomas Lebrun s’est placé dans le même type d’exigence vis-à-vis de sa danse et surtout dans un jeu d’hommage et de référence à toute l’histoire de la danse, façon de réduire définitivement les querelles de chapelles. S’amusant de la référence classique, il l’a conçu selon les trois parties du ballet mais aussi du lied : exposition, variation, résolution.

Galerie photo Laurent Philippe

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La première partie, qui se veut signe vers l’expressionnisme allemand avec textes proférés par les huit danseurs transformés en chœur et gestes qui frisent la démesure, est d’une sombre beauté. Sur la musique pour cordes de Giacinto Scelsi, les danseurs entrent, vêtus de noir, élégants comme pour une soirée. Se détachant des voûtes sobres du Cloître des Carmes, leurs mouvements semblent s’inscrire comme des dessins nets sur le tapis blanc. Un peu pâles et austères, comme des spectres distingués. L’apparition de Mathieu Patarozzi, qui soudain, change l’échelle et fait paraître les autres interprètes petits, fait irrésistiblement penser aux croquis de Franz Kafka. Poses étranges, heurtées, bizarrement articulées, composent un vocabulaire original et précis que le chorégraphe utilise pour rassembler ou disperser le groupe comme on jetterait des dés pour « tirer » un nouvel assemblage surprenant.

Galerie photo Laurent Philippe

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Au deuxième acte, le chanteur Benjamin Alunni accompagné par le pianiste Thomas Besnard entrent en scène. La chorégraphie épouse alors les accents d’une musique qui oscille entre charme et tremblement, entre voix qui se creuse ou s’enfle au gré des partitions de Schubert, Berg, Schönberg ou Malher. Empreinte d’une sorte de mélancolie ineffable, la danse suit alors les méandres de la mélodie, douce et amère, griffant ici et là l’air qui l’entoure. La singularité de chaque danseur émerge d’autant plus dans cette partie que sont ménagés pas de deux, de trois et variations. Mais au sein de ce corset formel, ce mouvement est une ode à la danse, avec une pointe de lyrisme et d’oubli.

 

Galerie photo Laurent Philippe

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Le troisième acte surprend. Les danseurs reviennent. Ils ont troqué leurs costumes noirs et blancs pour des tuniques ou des maillots de bain du plus beau bleu électrique. Sur une composition musicale remarquable de David François Moreau, le rythme s’accélère dans une chorégraphie miroitante et circulaire, d’une veine plutôt répétitive qui rappelle par son inexorabilité Lucinda Childs. Résolument abstraite, elle évoque forcément cette écriture américaine que nous avons tant prisé en France dans les années 1980. Mais une touche d’humour guette à chaque instant ce mouvement perpétuel et insistant, insinuant au milieu de ce bel ordonnancement une perspective de désordre à venir…

L’ensemble de ce Lied Ballet au-delà du seul hommage est tout à fait remarquable de par l’engagement de chacun des danseurs, mais aussi de par le travail méticuleux sur les écritures, et donc la culture chorégraphique opéré par Thomas Lebrun. Pour autant, ceux qui n’ont aucune référence en matière de danse, peuvent entrer facilement dans ce ballet dont l’unique objet reste la danse, la danse et encore la danse. Loin de toute mode ou de tout concept. Une danse libre.

Agnès Izrine

Du  6 au 13 juillet 2014 – Festival d’Avignon, Cloître des Carmes

 

Distribution Chorégraphie : Thomas Lebrun
Interprétation : Maxime Camo, Anthony Cazaux, Raphaël Cottin, Anne-Emmanuelle Deroo, Tatiana Julien, Anne-Sophie Lancelin, Matthieu Patarozzi, Léa Scher
Chant : Benjamin Alunni, ténor
Piano : Thomas Besnard
Musiques : Giacinto Scelsi, Alban Berg, Gustav Mahler, Arnold Schönberg
Création musicale : David François Moreau
Création costumes : Jeanne Guellaff
Création lumière : Jean-Marc Serre
Création son : Mélodie Souquet
Création vidéo : Charlotte Rousseau
Réalisation costumes : Jeanne Guellaff, Sylvie Ryser

07/10/2014 19h30 > MAISON DE LA DANSE, LYON
08/10/2014 20h30 > MAISON DE LA DANSE, LYON
24/10/2014 20h00 > GRAND THÉÂTRE DE TOURS
25/10/2014 20h00 > GRAND THÉÂTRE DE TOURS
21/01/2015 20h00 > MAISON DE LA CULTURE DE BOURGES – SCÈNE NATIONALE
22/01/2015 20h00 > MAISON DE LA CULTURE DE BOURGES – SCÈNE NATIONALE
24/02/2015 20h00 > LES QUINCONCES – L’ESPAL – SCÈNE CONVENTIONNÉE LE MANS
18/03/2015 20h30 > LA COMÉDIE DE CLERMONT-FERRAND, SCÈNE NATIONALE
26/03/2015 20h00 > THÉÂTRE DE L’ESPACE – SCÈNE NATIONALE DE BESANÇON
27/03/2015 20h00 > THÉÂTRE DE L’ESPACE – SCÈNE NATIONALE DE BESANÇON
01/04/2015 21h00 > THÉÂTRE NATIONAL DE CHAILLOT
02/04/2015 21h00 > THÉÂTRE NATIONAL DE CHAILLOT
03/04/2015 21h00 > THÉÂTRE NATIONAL DE CHAILLOT
04/04/2015 17h00 > THÉÂTRE NATIONAL DE CHAILLOT
21/04/2015 20h30 > LE PAVILLON NOIR, AIX-EN-PROVENCE
22/04/2015 20h30 > LE PAVILLON NOIR, AIX-EN-PROVENCE
05/05/2015 20h00 > LA RAMPE, SCÈNE CONVENTIONNÉE, ECHIROLLES
27/05/2015 20h00 > SCÈNE NATIONALE D’ORLÉANS

 

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