Le San Francisco Ballet aux Étés de la danse

Avec dix-huit programmes différents, le San Francisco Ballet présentait autant de ballets. Leur dénominateur commun étant sans doute que la plupart d’entre eux sont des œuvres de chorégraphes actuels, mais qui utilisent la technique classique et sont peu présentés en France.

 

 

La soirée que nous avons vu proposait ainsi Ghosts de Christopher Wheeldon, Chaconne pour piano et deux danseurs d’Helgi Tomasson – par ailleurs directeur du San Francisco Ballet, Symphonie Classique de Yuri Posskhov et Symphonic Dances d’Edwaard Liang.

Cette dernière pièce sur la musique de Serguei Rachmaninov (Danses symphoniques op. 45) était sans doute la moins intéressante, malgré un travail sur les ensembles tiré au cordeau… mais qui manquait un peu d’originalité. De même pour les beaux Pas de deux, qui, bien que mettant parfaitement en valeur les solistes, semblaient un peu trop répétitifs dans leur formes. Mais sa qualité était justement de montrer à quel point le San Francisco Ballet est pourvu en très bons danseurs venus de tous les horizons. Qu’il s’agisse de Vitor Luiz et Maria Kochetkova, Tiit Helimets et Sofiane Sylve, ou Luke Ingham et Yuan Yuan Tan, chacun fait preuve d’une technique impeccable qui ne le cède en rien à la joie de danser. Leur belle dynamique alliée à une certaine facilité (ou tout du moins c’est l’impression qu’ils donnent) imprime aux ballets un je-ne-sais-quoi de simple et d’évident, qui « emporte le morceau » y compris dans ce Symphonic Dances.

 

Symphonic Dances @ Erik Tomasson

Symphonic Dances @ Erik Tomasson

Yuan Yuan Tan, justement, impressionne particulièrement dans Ghosts. Ses lignes fuselées, sa souplesse de liane, attirent l’œil du spectateur dans cette chorégraphie évanescente et vaporeuse de Christopher Wheeldon. Avec ses costumes légers comme un souffle (signés Mark Zappone) et la musique de l’américain C.F. Kip Winger on est entraîné dans cette atmosphère étrange et spectrale où glissent des ombres argentées, sereines ou déchirées, entre l’oubli et la persistance, comme si ces êtres mélancoliques dansaient pour échapper à leur disparition certaine. On se laisse volontiers porter par cette rêverie, sinon funèbre, au moins secrète, qui déploie une gestuelle tout en étirements et en langueurs douces. Le pas de trois avec Lorena Feijoo, Gaetano Amico et Ruben Martin Cintas, est par contre plus contrasté, plus âpre voire légèrement menaçant, servant de contrepoint bienvenu à ce climat céleste.

 

"Ghosts" @ EriK Tomasson

« Ghosts » @ EriK Tomasson

La chaconne pour piano et deux danseurs, en l’occurrence Frances Chung et Davit Karapetyan est une vraie merveille d’écriture sur la musique de George Friedrich Haendel. Créé en 1999 pour rendre hommage à Jerome Robbins (décédé en juillet 1998), il présente les mêmes qualités de rigueur, d’exigence, et de fluidité dont faisait montre l’autre directeur du NYCB. Se faisant face, les deux danseurs semblent se défier par variations interposées, complexifiant le vocabulaire chorégraphique à chaque réponse, pour faire briller ce duo fascinant. Laissant l’allegro au personnage féminin et un solo très lyrique au personnage masculin, Helgi Tomasson brouille les pistes attachées au genre. Miracle d’équilibre, de perfection des lignes gardant pourtant tout son mystère, nul doute que le maître aurait aimé cette belle Chaconne.

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« Chaconne pour piano et deux danseurs » @ Erik Tomasson

 

 

Enfin, la célèbre Symphonie Classique de Prokofiev illuminait de son éclat cette soirée. Créée par Yuri Possokhov, chorégraphe résident du San Francisco Ballet, « pour explorer mes souvenirs de jeune danseur à Moscou et consacrer l’école du Bolchoï et à mon professeur Piotr Pestov » la chorégraphie est inouïe de virtuosité. Avec les tutus stylisés d’un léger plateau de tulle de Sandra Woodall Maria Kochetkova et Hansuke Yamamoto sont tous les deux exceptionnels, ainsi que Sasha de Sola, Carlos Quenedit, Dores André et Jaime Garcia Castilla. Avec ses rivoltades et ses fouettés « en tournant », le ballet enchaîne aux difficultés techniques, des pas rarement (sinon jamais) utilisés – en tout cas en Europe – sans jamais donner une impression de « cirque » ou de maestria gratuite. Par moment, on pense à Forsythe, même si l’écriture est du classique pur et dur, tant le ballet est véloce et impressionnant.

 

Maria Kochetkova dans "Symphonie Classique" @ Erik Tomasson

Maria Kochetkova dans « Symphonie Classique » @ Erik Tomasson

En tout cas, ce qui frappe dans cette compagnie américaine est la grande diversité des physiques et des qualités de chacun des danseurs, loin de toute uniformité académique. Mais aussi, cette espèce de décontraction, même au sein des figures les plus délicates, abordées avec une simplicité déconcertante. C’est sans doute cela, la signature du San Francisco Ballet, un niveau d’excellence sans la moindre prétention.

 

Agnès Izrine

Le 12 juillet 2014 – Festival Les Étés de la danse, Théâtre du Châtelet, Paris

Du 10 au 26 juillet 2014

http://www.lesetesdeladanse.com/

 

 

 

 

 

 

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Comments

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