Grégoire Korganow : « Sortie de scène » à Montpellier Danse

Depuis quelques éditions, Montpellier Danse laisse la part belle aux photographes qui occupent murs ou cimaises improvisées du Festival. Avec Sortie de Scène, initié par Grégoire Korganow, c’est encore un autre rapport à l’image qui s’installe. Ce photographe engagé imagine une exposition vivante avec des prises de vue réalisées en amont, d’autres prises durant Montpellier Danse 2014 en “sortie de scène”. À l’Agora, Grégoire Korganow a installé son studio photo et dévoilé  son butin en images. Il nous a également accordé un entretien à la suite de cette belle performance photographique.

 

Galerie photo de Grégoire Korganow

 

Pourquoi avoir choisi de photographier les danseurs juste à leur sortie de scène ?
G.K. :
D’abord pour les démystifier. Quand je les photographie, on ressent bien la différence par rapport au plateau. Mais de plus, on ne sait plus s’il s’agit d’un sportif de haut niveau ou d’un animal hors du commun de la liberté corporelle qu’ils dégagent. Ce sont des photos, du coup, qui hésitent entre l’humanisme et l’anthropométrique. Quand je les photographies, ils sont pour moi un corps étranger, à la fois des êtres exceptionnels mais que je capte dans une vraie proximité, presque dans un moment intime, un moment d’abandon. C’est un double sentiment constant. Je ressens à la fois une très grande distance par rapport à ces héros ordinaires. Car en même temps, la danse contemporaine aime à puiser dans l’ordinaire. N’empêche. Les danseurs de Wayne McGregor sont un peu des « monstres ». La puissance qu’ils ont sur scène est inouïe. On ne sait pas si ce sont des nageurs est-allemands, des coureurs, des gymnastes de GRS. Les danseurs d’Angelin font également réaliser l’immense énergie qu’ils déploient . Du coup plus on avance, plus on entre dans sa danse, et plus les portraits deviennent distancés. Mais avec Angelin, la différence, c’est que nous nous sommes côtoyés un long moment. Donc on a créé une sorte de proximité liée aux événements. Alors qu’avec McGregor, j’ai eu l’impression d’être face à des gens hors du commun et ça m’était difficile de sortir de ça. De la beauté brute du corps.

 

Que cherchez-vous à travers ces clichés ?

G.K. : À chaque fois que je photographie une personne, j’y attache une teinte. Cela vient de leur attitude, de leur façon de se tenir et d’appréhender la photo. Je vois systématiquement une personnalité différente. Sauf pour les danseurs de Salia Sanou. J’avais le sentiment que ça devenait un peu ethnographique. Sauf pour le plus grand qui vient de Bordeaux. On remarque d’autres détails que sur la scène. Par exemple j’ai vu que l’un d’entre eux avait la main abimée.

 

Qu’est-ce que photographier des danseurs a changé pour vous ?

G.K. : J’ai beaucoup aimé la rencontre avec les chorégraphes. J’ai eu l’impression que leurs questionnements résonnaient particulièrement chez moi. Ce qui m’a vraiment bluffé c’est de comprendre que les zones de la personnalité qu’ils exploraient correspondaient à mon travail.

 

Cela va-t-il modifier votre façon de photographier, ou vos axes de recherche ?

G.K. : Jean Paul Montanari et les chorégraphes m’ont donné un place exceptionnelle et j’aimerais aujourd’hui demander à un chorégraphe de venir sur mon terrain, là où je travaille, même si la photo est un mode de représentation plus restrictif.

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

Prolongation jusqu’au 29 juillet puis pendant toute la saison 2014-2015 à l’Agora, cité internationale de la danse, 18, rue Sainte-Ursule – Montpellier Danse.

 

 

 

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