« Hakanaï » d’Adrien M/Claire B

Depuis 2011, Adrien Mondot et Claire Bardainne ouvrent des espaces entre rêve et réalité, au sein de leur compagnie Adrien M/ Claire B. Dans cette installation interactive, leur création la plus récente (2013), une femme est plongée dans un univers graphique qui obéit à ses gestes et peut-être même à ses pensées. Les animations et la musique épousent ses gestes avec la simplicité de l’évidence.

Le public de Hakanaï entoure, sur trois côtés, une boîte rectangulaire délimitée par des tissus, noirs mais translucides. Ces surfaces de projection englobent la danseuse et l’entourent d’un second paysage chorégraphique, où dansent lettres, grillages, rhizomes et autres trames qui structurent notre quotidien.

 

 

Depuis son solo Convergence 1.0, Adrien Mondot développe un dialogue vivant entre les arts numériques et les arts de la scène. Hakanaï utilise le même protocole interactif que Cinématique, duo créé en 2010. Il s’agit d’un logiciel baptisé eMotion (http://www.am-cb.net/emotion/ ) pour « mouvement électronique », développé spécialement pour les recherches de la compagnie.

À Mimos, retour aux origines

Hakanaï s’articule en plusieurs tableaux brefs, apparentés aux fameux Haïku japonais. Brève après brève, les univers graphiques et sonores réagissent aux mouvements de la performeuse. Cette proposition danse/arts numériques a été présentée au festival Mimos de Périgueux dans sa version originelle, interprétée par Akiko Kajihara pour laquelle elle a été conçue à l’origine. Depuis, elle a été déclinée pour d’autres interprètes.

Le titre se réfère à la relation entre l’homme et les songes, mais au lieu de déployer une complexité shakespearienne, cette Nuit d’été à la japonaise est d’une sobriété absolue. Très vite, le grillage apparemment solide se transforme en un filet souple et mobile. Il suffit alors d’un mouvement du bras et il s’écarte tel un rideau, pour donner accès à l’univers des songes.

 

Galerie photo de Romain Etienne

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Et eMotion devint émotion…

Ces images et structures en perpétuelle transformation renvoient à des sensations qu’on croit inévitablement avoir déjà rencontrées dans tel ou tel rêve, d’autant plus que l’imagination du spectateur reste libre. La performance-installation n’évoque que la porte des rêves, pas les histoires qui s’y déroulent.

En toute poésie, la partition gestuelle et chorégraphique de Kajihara relève de la même sobriété évocatrice que l’univers des projections. Un seul tableau perturbe l’ambiance pastorale. Des aplats noirs ou blancs, des barres horizontales ou verticales balayant l’espace, le tout d’une rigueur géométrique implacable et inquiétante, car sournoisement agressive.

 

Galerie photo Virginie Serneels

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… grâce à l’immersion

On songe alors aux premiers solos de Hiroaki Umeda, à la différence près que le rapport masculin au monde amène Umeda à construire une frontalité en deux dimensions, alors que Hakanaï se situe dans la perspective féminine privilégiant une relation d’immersion, d’emblée conçue en trois dimensions.

Pour les spectateurs, l’expérience continue même après que Kajihara a quitté les lieux. Ils peuvent alors entrer dans le cube et se mettre à la place de la danseuse. Aussi le spectacle se transforme définitivement en installation. Ce rapport vivant est d’autant plus appréciable que les relations entre le système de motion capture et la réaction sonore ou visuelle déclenchée restent souvent mystérieuses.

Et pourtant… Au bout du compte, Hakanaï peine à dépasser le statut de petite sœur de Cinématique, proposition visuelle et émotionnelle bien plus puissante, notamment parce qu’ici c’est le sol qui se dérobe sous les pieds des danseurs. Illusion d’optique, bien sûr, mais quoi de plus angoissant? En effet, l’empathie n’est jamais aussi forte que quand elle passe par la peur du néant.

Donc : Comme on ne déguste pas un fromage de caractère avant un fromage frais, il convient de passer par Hakanaï pour la mise en bouche, avant de se confronter à Cinématique. Conseil d’usage…

 

Thomas Hahn

 

Prochaines dates

 

Hakanaï

29 – 30 août Festival Castel dei Mondi / Castel del Monte, Andria (Italie)

 

XYZT, Les paysages abstraits

exposition

02 mai au 20 août Archaeological Museum of Istria, Pula (Croatie)

 

Typographic Organisms

Installation

10 mai 2014 – 15 janvier 2015 – Exposition collective « Illusion », Reuben H. Fleet Science Center, San Diego (USA)

 

 

 

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