« Two cigarettes in the dark » par le Tanztheater de Wuppertal

L’Opéra de Paris invite à Garnier le Tanztheater de Wuppertal dans Two cigarettes in the dark, une pièce de Pina Bausch qui date de 1985 et n’avait jamais été programmée à Paris.

Galerie photo : Laurent Philippe/Opéra de Paris

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Le décor monumental et dénudé de Peter Pabst, avec ses lumières crues que distillent de hautes fenêtres, impose d’emblée un sentiment de vide, ou d’abandon. On aurait vite l’impression, avec cette froideur post-mortem, d’être de l’autre côté du miroir. D’ailleurs, même les luxuriantes plantes exotiques sont enfermées derrière une vitre. La première phrase de Mechtild Grossmann, interprète de toujours du Tanztheater, résonne alors : « Mais, entrez donc, mon mari est à la guerre ». Et soudain, on est happé par une sensation indéfinissable, qui nous plonge plus exactement dans une impression d’après-coup, ou de fin de partie.

 Galerie photo : Laurent Philippe/Opéra de Paris

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C’est le temps qui a passé qui saute brutalement aux yeux de celui qui regarde cette pièce de Pina Bausch créée en 1985. Non pas parce que cette notion du temps s’est incorporée dans le corps des interprètes – même si, indéniablement, l’image produite par Dominique Mercy ou Mechtild Grossman, ne peut être identique à celle qu’ils projetaient il y a trente ans – mais surtout parce qu’il met en relief son œuvre dans l’œuvre de Pina Bausch. Comme le souligne la phrase initiale qui frappait encore au coin du sens venant d’une chorégraphe allemande née quarante-cinq ans plus tôt, mais qui ne rencontre plus d’écho immédiat. Tout comme ces rapports de domination entre femmes hystériques et hommes absents, le poème érotique De la séduction des anges de Brecht dit par Mechtild Grossmann, et même cette ambiance si particulière qui furent celles d’une Allemagne encore séparée. On ne peut revenir en arrière et poser un œil vraiment neuf sur ce qui a fait l’essentiel des pièces qui ont suivi, qu’elles soient de Pina Bausch ou de l’ensemble de la danse contemporaine des années 80, 90 et même 2000, chacun allant piocher une idée ici, un geste là et l’air du temps moissonnant le reste.

Galerie photo : Laurent Philippe/Opéra de Paris

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Pour autant, Two cigarettes in the dark est du pur Pina Bausch, avec ces saynètes qui se succèdent, la nostalgie prête à submerger le plateau et l’émotion à vif que secrète toujours la dame de Wuppertal. Il y a des scènes drôles comme ces patineurs en maillot de bain et lunettes de soleil, et des moments saisissants comme cette Valse de Maurice Ravel que les interprètes dansent en se traînant assis, ou le lied funèbre d’Hugo Wolf qui clôt quasiment le spectacle, juste avant que ne résonne la chanson Two cigarettes in the dark de Paul Francis Webster pour une sorte de finale les bras ouverts  bauschien.

 Galerie photo : Laurent Philippe/Opéra de Paris

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La pièce aura au moins le mérite de montrer ce qu’étaient les chorégraphies de Pina Bausch, après Orphée et Eurydice ou Le Sacre du printemps et avant Palermo, Palermo et toutes les pièces plutôt légères et beaucoup plus « dansantes » qui ont suivi, même si la question demeure de ce qu’en aurait fait Pina si elle était encore parmi nous et corollairement, que conserve-t-on d’un répertoire sensible à l’usure du temps ? Faut-il l’adapter ? Le garder en l’état ? Avec les mêmes interprètes ? Ce sont toutes ces problématiques liées indissolublement à la danse contemporaine que font surgir Two cigarettes in the dark. Et rien que pour cela, c’est sacrément intéressant.

Agnès Izrine

Du 1er au 7 septembre 2014

https://www.operadeparis.fr/saison-2014-2015/ballet

Distribution :

Chorégraphie et mise en scène : Pina Bausch
Scénographie : Peter Pabst
Costumes : Marion CitoCollaboration musicale : Matthias Burkert
Dramaturgie : Raimund Hoghe

Avec : Ruth Amarante, Mechtild Grossmann, Daphnis Kokkinos, Eddie Martinez, Dominique Mercy, Julie Shanahan, Franko Schmidt, Michael Strecker, Aida Vianieri, Anna Wehsarg, Tsaï-Chin Yu

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