« Les Labyrinthes du cœur » par le Ballet de l’Opéra de Lyon

Cette soirée, imaginée par Yorgos Loukos, directeur du Ballet de l’Opéra de Lyon, en collaboration avec Dominique Hervieu, réunissait deux créations et une entrée au répertoire sous le titre : Les Labyrinthes du cœur – reprenant, en français, l’intitulé de la pièce de Jiří Kylián présentée dans ce programme.

 Heart’s Labyrinth, sixième pièce de Jiří Kylián à entrer au répertoire du Ballet, était donc précédée de Sunshine d’Emanuel Gat et de How Slow the Wind de François Chaignaud et Cecilia Bengolea formant un curieux mélange qui mettait en relief, de façon surprenante, trois façons de chorégraphier très différentes ; chacune d’entre elles étant soutenue par l’orchestre de l’Opéra de Lyon sous la direction de Quentin Hindley.

Sunshine d’Emanuel Gat, galerie photo de Laurent Philippe

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Sunshine commence, rideau fermé, par le tout début de la suite N°2 de Water Music de G.F. Haendel, et quand le plateau apparaît les danseurs sont immobiles, en cercle, jusqu’à ce que la musique s’arrête et le groupe explose. C’est de ce big bang initial que semble naître la chorégraphie, dans la dissémination des danseurs et l’expansion de l’espace que la danse impose. De cet éclatement surgit alors une assymétrie de figures, tandis que les danseurs sont emportés littéralement par les extensions de leurs membres, redessinant sans cesse de nouveaux plans spatiaux, qui finissent par créer une profondeur de champ singulière, alors que l’enregistrement sur pistes multiples d’une répétition d’orchestre qui sert de bande-son nous fait plonger à l’intérieur de l’univers des musiciens. Duos et trios s’esquissent, le groupe retient son souffle dans de subtils équilibres avant de nous entraîner de nouveau dans l’imprévisible de ce chaos (très) organisé, sorte de répercussion infinie de l’ébranlement de la gestuelle avec ses nombreuses répliques. La musique reprend, la lumière glisse, dorée, sur les corps, nimbant l’ensemble d’une atmosphère nocturne qui rappelle étrangement un tableau de Watteau, tandis que la danse s’éteint.

Sunshine d’Emanuel Gat, galerie photo de Laurent Philippe

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Changement de décor total avec How Slow the Wind de François Chaignaud et Cecilia Bengolea dont la première image est d’une beauté implacable. Les danseurs, immobiles sur leurs pointes, s’étagent en diagonale, vêtus de simples maillots gris clair où l’on distingue quelques détails parsemés de La Vague du peintre japonais Hokusai. Un seul panneau aux lueurs métalliques, qui absorbe et réfléchit la lumière, placé en fond de scène tient lieu de scénographie minimale et grandiose. De ce fait, les sept danseurs figés dans leurs poses semblent de légers roseaux, des êtres fragiles en délicatesse avec la gravité et l’applomb. Quelques déboulés lents rompent finalement cet équilibre aussi exact qu’incertain.

How Slow the Wind de François Chaignaud et Cecilia Bengole, galerie photo de Laurent Philippe

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Car les danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon sont certes habitués aux pointes (en tout cas les danseuses) mais certainement pas à cette tenue presque extravagante et périlleuse qui consiste à se caler, le pied totalement à la verticale, sur le bout du chausson. La chorégraphie déployée par Cecilia Bengolea et François Chaignaud s’inscrit dans le droit fil de ce paradoxe qui consiste à revisiter la contrainte pour libérer les corps, et à afficher la maladresse pour faire apparaître la virtuosité. Sur la musique de Torū Takemitsu d’un minimalisme aux accents debussystes, How Slow the Wind traverse un vocabulaire classique dévoyé par le seul changement des appuis et d’un centre de gravité déplacé. Précautionneux et téméraires, les danseurs se livrent alors à des prouesses inouïes, comme des tours pliés, des tours sautés, des pieds dans la main instables et haut perchés, des arabesques très basses prises dans l’équilibre.

How Slow the Wind de François Chaignaud et Cecilia Bengole, galerie photo de Laurent Philippe

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Des rondes esquissées reprennent la gestuelle des Danses libres, laissant apparaître les interprètes comme de légers fétus, à la merci de ce vent qui s’infiltre dans la partition, et nous ramènent à un temps un peu ancien, où technique et liberté se confondraient dans un essai imprévu. How Slow the Wind finit dans le silence de corps à contre-jour, qui, retrouvant la diagonale initiale, semblent attendre la levée d’un nouveau jour…

Enfin, Heart’s Labyrinth de Jiří Kylián est une pièce sombre, créée à la suite du suicide de Karen Tims, danseuse de sa compagnie, le NDT. C’est donc une danse pleine de douleur, d’émotion, de torsion que nous livre Kylián, où le chagrin devient un espace infini, que seule peuple l’absence. Les danseurs glissent comme des ombres, s’étreignent et s’abandonnent sur les musiques de Schoenberg, Webern et Dvořák. C’est très beau, mais d’un cachet fatalement ancien après les deux premières pièces de cette soirée.

 

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On saluera une fois de plus l’excellence des danseurs de cette compagnie magnifique, capables de se frotter à un répertoire étendu et à le servir avec une fougue et une intelligence dans chacune des pièces présentées.

Agnès Izrine

Du 10 au 13 septembre 2014 – Opéra de Lyon

 

 

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