« L’Intrusion » de Gilles Schamber

"L'Intrusion"©Caroline de Otero

« L’Intrusion »©Caroline de Otero

S’il y avait encore une preuve à apporter de ce que la danse contemporaine peut tomber dans un académisme stérile, L’Intrusion l’apporterait sur un plateau d’argent, ou presque.

Sol blanc, costumes noirs. Quatre danseuses et aucun rapport entre leurs robes de cocktail et les ambiances évoquées. Elles lancent au public de sombres regards qui se veulent mystérieux et effrayants. Promesses vides, la messe noire n’aura pas  lieu.
Pour faire rayonner une danse abstraite, il faut une sacrée énergie et des interprètes capables de fasciner par leur présence. Les danseuses, bien trop jeunes pour ça, mais braves ouvrières chorégraphiques, donnent l’impression de s’ennuyer ferme.  Une telle approche de la danse n’est plus recevable aujourd’hui, car elle ne fait rien avancer, même si au bout de l’exercice le public honore les efforts physiques du quartet qui s’époumone du début à la fin. Ça applaudit comme on applaudirait un bon match de l’équipe locale.
Au cours de L’Intrusion, l’impression est celle d’un petit corps de ballet qui se déploie dans l’espace et souligne le rythme, pendant que la véritable action se déroule ailleurs. Par intermittence, on montre une vidéo tournée en amont, où une dizaine de spectateurs traversent certaines parties de la chorégraphie. L’image crée un contraste, mais reste sans lien réel avec le quatuor en scène. D’une part, des non-danseurs qui intriguent par leur véracité et leur simplicité, mais en vidéo. D’autre part, une image-type de la servitude volontaire.

 

"L'Intrusion"©Caroline de Otero

« L’Intrusion »©Caroline de Otero

Gilles Schamber parle de « danse écrite qui réinterroge, par une gestuelle contemporaine, une tradition académique ». L’idée peut fonctionner, à condition que la recherche parte de la  personnalité des interprètes. Tous les chorégraphes qui ont réussi cette entreprise, de Forsythe à Maillot ou Preljocaj, ont mis leurs chorégraphies au service des danseurs. Schamber fait l’inverse et on aurait envie d’inciter le personnel dansant à quelques débrayages, pour reprendre son souffle et se poser les questions de départ : Qui suis-je, que fais-je ici ? Une vraie introspection, plutôt qu’une intrusion, peut-être… La pièce ne leur en laisse pas le temps. Dommage.

Thomas Hahn
18 septembre 2014 – Biarritz, festival Le Temps d’aimer la danse, salle du  Colisée
L’Intrusion
Chorégraphie: Gilles Schamber
Danse: Marine Ducloux, Laura Gauthier, Anaïs Lheureux, Adeline Guillemot

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