Brumachon-Lamarche : « La Fulgurance du vivant »

Avant que Nijinski ne se déguise en « Faune », la rencontre chorégraphique entre les Hommes et les animaux était réservée aux espèces à beau plumage qui traversent les mythes: Cygnes, hiboux, « Oiseau de feu ». Quadrupèdes et monstres de tout poil étaient réservés au théâtre. Depuis que la danse est devenue « moderne » ou « contemporaine, elle s’est affranchie de la métaphore de l'(en)vol et les chorégraphes ont plus de choix et ils en profitent. Des ménageries de Nadj, Montalvo ou Xavier Le Roy (dans Low Pieces) aux Batraciens de Bernardo Montet, au Sacré Sacre de Laurent Chétouane et tant d’autres. Il semble y avoir une nécessité à enquêter sur ce qui reste en nous de nos origines lointaines.

 


Au 20e siècle les arts sont passés du regard mythologique à une observation comportementale de l’animal réel. Aujourd’hui ils mettent en question le grand mythe de l’Homme supérieur aux bêtes. Il y a une envie inassouvie, voire un nécessité de comprendre qui nous sommes et pourquoi l’Humanité est en crise. Dans le champ philosophique, le débat sur le statut de l’animal est loin d’être clos.
La photographie porte un tout nouveau regard les animaux, alors que le cirque contemporain a déjà son histoire en la matière, puisque le refus d’intégrer les animaux était l’un de ses axiomes de départ.  Mais depuis peu, on les fait revenir, désormais en tant qu’acteurs et sans obligation d’accomplir des prouesses.
Quant aux chorégraphes, le geste de l’animal ne peut que les interpeller. Il est mouvement pur, dégagé de toute arrière-pensée, tel le frère naturel du mouvement de la marionnette à fils chez Kleist. L’épure mène à la grâce, et on l’obtient sans avoir à la chercher. La pureté du geste animal renvoie le spectateur à lui-même, individuellement et collectivement.

 


Quant à Brumachon/Lamarche, ils se sont toujours intéressés à nos pulsions, nos corps, nos rapports à l’autre et à d’Indicibles violences (le titre de leur création 2012). Aujourd’hui La Fulgurence du vivant interroge justement un stade où la distinction entre « humanité » et « animalité » n’était pas encore tranchée, où les grandes cosmogonies n’étaient pas encore imaginées.
Cette deuxième partie d’une trilogie bientôt complétée, se placerait chronologiquement avant D’Indicibles violences, pièce consacrée aux débuts des grandes civilisations. Mais elle intervient à un moment juste dans les recherches des directeurs du CCN de Nantes.
De leur travail autour des  univers des sculpteurs Bourdelle et, tout récemment, Zadkine, Claude Brumachon et Benjamin Lamarche amènent une autre connaissance de l’attente et de la force que l’immobilité peut abriter. Au résultat, condition humaine, animale et végétale peuvent ici se rejoindre en une seule image. Hommes, animaux ou arbres? Les trois à la fois !
Pas de mimesis, pas de fable, mais une communication qui peut se déplacer vers un terrain métaphorique. L’oisiveté des animaux n’est qu’apparente et toujours placée sous haute tension. Certains tableaux peuvent évoquer les danseurs de butô, capables de placer leur conscience dans d’autres sphères, en se laissant traverser par des énergies originelles. « C’est vrai, le butô m’intéresse de plus en plus », nous a confié Claude Brumachon.
Sous des lumières dorées qui peuvent évoquer la nuit, mais pas celle que nous connaissons, les six créatures aux identités instables traversent d’autres zones d’influence, régies par des réminiscences au ballet romantique, à Nijinski ou à Matisse, aux cérémonies shamaniques ou à nos comportements égoïstes dans la jungle urbaine. Les danseurs de la compagnie se sont forgés des présences individuelles fulgurantes. Sans fards ni efffets, juste être et se « laisser  danser », voilà qui confère des vibrations particulières à leurs tableaux de groupe.

 

"Fulgurances du vivant" ©Caroline de Otero

 » La Fulgurance du vivant » ©Caroline de Otero

La musique suit le mouvement. Christophe Zurfluh mixe en direct ses ambiances électroniques, libres et vagabondes. En s’inspirant des danseurs, l’univers sonore passe d’une techno plutôt sèche a une complexité presque symphonique, d’évocations de la nature aux tambours africains. Mais il est moins synthétique, opposant différents univers, alors que le titre résume en un seul mot les intentions: « Le vivant », terme qui englobe tout, en accord avec les corps en scène.
Thomas Hahn

Création mondiale à Biarritz, Gare du Midi, festival Le Temps d’aimer la danse
17 septembre 2014

Chorégraphie : Claude Brumachon
Assistant : Benjamin Lamarche
Répétiteur : Vincent Blanc
Interprètes lors de la création : Steven Chotard, Lise Fassier, Julien Grosvalet, Benjamin Lamarche, Martin Mauriès, Arthur Orblin
Musique : Christophe Zurfluh
Lumières : Olivier Tessier

En tournée :

4 octobre 2014 Torinodanza, Turin, Italie

18 décembre, Limoges, centre culturel Jean Moulin

17 et 18 janvier, Nantes, Théâtre Graslin

 

 

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