Entretien Maguy Marin

Maguy Marin @ Michel Cavalca

Maguy Marin @ Michel Cavalca

Maguy Marin revient à Lyon! Normal, direz-vous, puisqu’elle présente sa nouvelle création à la Biennale. Mais elle quitte Toulouse pour s’installer définitivement à Ramdam, ce lieu qui a toujours été son port d’attache. Aujourd’hui Ramdam sauve la Compagnie Maguy Marin.

Danser Canal Historique : Votre installation à Toulouse est récente. Pourquoi ce retour à Lyon?

Maguy Marin : Nous sommes partis à Toulouse il y a un peu plus de deux ans parce qu’on nous a laissé croire qu’il y avait un vrai désir d’y recevoir la compagnie et de nous attribuer un lieu de travail. Pour moi le lieu est très important. Mais nous étions obligés de louer un lieu. Aussi, nous avons fini par nous demander si nous devions vraiment nous y entêter. Après tout, j’avais acheté cette ancienne menuiserie à Sainte-Foy-lès-Lyon il y a presque vingt ans. Il y a deux studios de travail, des douches, des bureaux, une cuisine, de la verdure…

 

DCH : Quel est votre projet artistique pour Ramdam?
Maguy Marin : 
Nous y avons déjà fait tout un travail en matière d’accueil d’artistes de tous genres. Par contre, Ramdam a eu du mal à trouver son endroit dans le paysage artistique parce que nous ne pouvions jusque-là lui consacrer suffisamment de temps. La présence permanente de la compagnie lui donnera une nouvelle dynamique. Nous voulons y faire se côtoyer des artistes venant de champs différents et des étudiants. Ces derniers sont particulièrement importants. Et nous voulons accueillir des spectacles en diffusion pour des séries plus longues que d’habitude en danse, accompagner des artistes pour qu’ils puissent bénéficier de nos forces, aussi modestes soient-elles.

 

 

DCH :Quelles conclusions tirez-vous de votre départ de Toulouse?
Maguy Marin : 
Il va devenir de plus en plus difficile de trouver des lieux qui pourront accueillir des artistes dans un véritable esprit d’hospitalité, sans obéir à un souci de rentabilité immédiate. C’est pourtant très important ! La création est dans une situation très compliquée, avec la question de l’intermittence et de savoir comment vivre de nos métiers, comment exister et faire exister des choses qui valent la peine d’être vues et qui n’ont pas de fenêtre pour être présentées, alors que d’autres le sont partout, dans un système qui tourne en boucle.

 

DCH :Quel sens donnez-vous à votre projet ?
Maguy Marin : Je suis une artiste de plateau, pas un écrivain, et je ressens une responsabilité à trouver des images à partir des corps et des formes au-delà de l’ambiguïté du langage parlé et des slogans publicitaires. Je veux me battre contre cette idée qui veut que l’art est de l’animation culturelle et de loisirs. L’art doit être une arme pour travailler politiquement au lieu de servir à amuser les gens pour les endormir.

 

 

DCH : Ramdam peut-il devenir un CDC ?
Maguy Marin : Je n’ai pas trop envie de rentrer dans le jeu des labels. Je veux surtout un espace très autonome et un centre d’art, sans référence directe au « c » de « chorégraphique ». Je veux un centre pour danseurs, chorégraphes, comédiens, metteurs en scène, plasticiens, peintres, musiciens, gens en formation et en réflexion.

 

DCH : Continuez-vous à vous considérer comme une chorégraphe ou comme une artiste sans catégorie?
Maguy Marin : 
Comme une artiste, mais en même temps je veux me réapproprier ce terme de chorégraphe, puisque je travaille avec les corps, le temps et l’espace. Et dans mes spectacles, il y a des danseurs. Pas exclusivement, mais pourquoi le fait de faire de la danse serait-il limité à des mouvements déjà repérés ?

 

 

DCH : Qu’est-ce qui alimente votre flamme ?
Maguy Marin : 
J’adore retrouver les gens avec lesquels je crée, essayer ensemble de comprendre de quoi nous sommes faits. Le désir d’une autre fraternité, d’une autre égalité, même si elles ne s’accomplissent jamais. Le désir de progresser dans la pensée. J’aime aussi nourrir mes créations de poésie. La question poétique est centrale. Il faut amener la poésie sur le plateau, sortir du quotidien, donner de l’air. C’est pour ça que je me mets au travail, encore et encore.

Propos recueillis par Thomas Hahn

BIT création de Maguy Marin à la Biennale de la danse de Lyon, du 24 au 27 septembre au TNP Villeurbanne

Rencontre avec Maguy Marin

Les artistes rejoignent le bord de scène pour rencontrer le public et échanger.
À l’issue de la représentation du jeu 25 sept.

http://www.biennaledeladanse.com/spectacles/creation-2014-maguy-marin.html

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