Yoann Bourgeois : « Celui qui tombe »

Malgré son titre en forme de parabole biblique, le spectacle de Yoann Bourgeois met en scène ceux qui ne tombent pas, qui s’accrochent, s’arc-boutent et se soutiennent quelles que soient leurs conditions d’existence. Très précaires, en l’occurrence. Car les six interprètes sont d’abord perchés sur un plateau de six mètres carrés, suspendu à quelques dizaines de mètres de haut, qui va descendre en s’inclinant dangereusement.

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« Celui qui tombe » @ Magali Bazi

Avec des allures de radeau de la Méduse, craquements inquiétants en plus, le plancher poursuit sa course dans le vide de la cage de scène, comme indifférent aux six corps allongés qu’il semble charrier malgré lui. Cette première scène a quelque chose de grandiose, comme un raccourci sur une humanité à la dérive dans un monde instable qui ne compterait plus que six rescapés.

Quand cette plate-forme penche encore davantage, les corps glissent les uns sur les autres, prêts à être balayés comme de vulgaires chiffons. Mais ils résistent et se redressent, au bord de la chute et de l’effroi. Debout malgré tout ! Pour autant, ils ne maîtrisent pas la situation qui s’avère être plus périlleuse encore que la précédente, le plancher étant agité de soubresauts que soulignent des claquements menaçants, laissant croire que le tout va se disloquer sous l’effet d’une invisible pression. Soudée, cette petite humanité va pourtant se jouer de ces vissicitudes, et imaginer de nouvelles façons d’être ensemble.

"Celui qui tombe" @ Magali Bazi

« Celui qui tombe » @ Magali Bazi

La suite du spectacle reprend ce thème en soumettant nos interprètes à toujours plus de risques. Le plateau soumis à la force centrifuge se met à tourner comme un manège fou. Se redresse. S’agite. Comme un cheval rétif qui cherche à éjecter son cavalier à tout prix. Au-delà de figures de cirque ou de figures de style, ce spectacle fait appel à des gestes qui tiennent de l’instinct de survie : s’agripper à une planche, se retenir du bout des doigts, courir pour ne pas mourir. À ce titre, une des scènes où une danseuse court sur le plateau tourbillonant à pleine vitesse en évitant les autres à terre, sans jamais que ses pieds ne cognent une main, un pied, ni même un orteil est totalement fascinante. De même que la séquence où le plancher, transformé en redoutable balançoire, s’emploie à faucher celui ou ceux qui restent debout, ne leur donnant d’autre choix que se coucher à chaque nouveau passage, la machine infernale moissonnant les hommes et les femmes avec une froideur maléfique.

Sans précipiter ni accumuler la succession des scènes et donc des effets, Celui qui tombe sait garder la bonne mesure et le bon rythme.

Yoann Bourgeois nous expliquait vouloir faire « simple pour rendre les forces sensibles et communicables » et il a réussi ce tour de force qui consiste à faire ressentir au spectateur un péril imminent.

"Celui qui tombe" @ Magali Bazi

« Celui qui tombe » @ Magali Bazi

Les six interprètes sont époustouflants de précision, de souplesse et de technique, mais aussi de sensibilité, d’engagement, de concentration. Ils apprivoisent les situations comme on défie le danger, s’adaptent à tous les pièges, avant de sauter dans le vide, comme une ultime pirouette face au néant.

Un grand moment de vertige… À tomber !

Agnès Izrine

Le 20 septembre 2014

Biennale de la danse de Lyon – Opéra de Lyon

Yoann Bourgeois est soutenu par la Fondation BNP-Paribas

Distribution

Conception, mise en scène et scénographie : Yoann Bourgeois, assisté de Marie Fonte

Avec : Julien Cramillet, Marie Fonte, Mathieu Bleton, Dimitri Jourde, Elise Legros et Vania Vaneau — Réalisation – Scénographie : Nicholas von der Borch, Nicolas Picot et Pierre Robelin — Lumière : Adèle Grépinet — Son : Antoine Garry — Direction technique : Pierre Robelin — Régie générale : David Hanse — Direction de production : Maud Rattaggi
Yoann Bourgeois est artiste associé à la MC2: Grenoble

En tournée

  • 26 septembre, Macon, Scène nationale.
  • 2-4 octobre, Reims, Manège.
  • 9-10 octobre, Martigue, les Salins.
  • 14-15 octobre, Villefontaine, Théâtre du Vellein.
  • 19 novembre, Niort.
  • 22 novembre, Vernon, Festival automne en Normandie.
  • 5 décembre, Douai, Hippodrome.
  • 11-12 décembre, Le Mans, L »Espal.
  • 16-18 décembre, Bourges, Maison de la culture.
  • 13-17 janvier, Grenoble , MC2.
  • 19-20 mars, Le Carré, Saint-Médard en Jalles
  • 26-27 mars, L’Avant-Seine, Colombes
  • 8-9 avril, La Comédie de Valence, CDN Drôme Ardèche
  • 28-29 avril, Bonlieu, Scène Nationale, Annecy
  • 3-9 juin, Théâtre de la Ville, Paris
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