Le LADP à Lyon: Soirée Umeda/Assaf/Millepied

Deux créations à la Biennale de la Danse, dont la dernière de Benjamin Millepied avec le Los Angeles Dance Project, directement avant sa prise de fonction à l’Opéra de Paris ! Inutile de préciser que le bouquet final de la soirée était plus qu’attendu. 

"Hearts and Heroes"  de Benjamin Millepied @ Michel Cavalca

« Hearts and Heroes » de Benjamin Millepied @ Michel Cavalca

Hearts and Heroes, de Benjamin Millepied est un ouvrage qui rend hommage à l’ambiance des eighties. Car on s’y croirait, pleinement.

La rigueur des costumes (t-shirts blancs et shorts ou jupes noirs à trame blanche)  n’a d’égale que celle de la musique. Le choix de Millepied s’est porté sur la bande son de la biographie de Yukio Mishima réalisée par Paul Schrader en 1985, illico primée au Festival de Cannes. Où Glass fait preuve d’une capacité de compassion exceptionnelle, mettant parfois une goutte de romantisme dans son univers si rigoureux.
On s’y croirait, grâce à l’incroyable vitalité qui se déploie dans une succession de brèves chorégraphiques. On s’y croirait, chez un Forsythe ou une Lucinda Childs, et en même temps on sent toute la cohésion de cet ensemble avec son époque.

Benjamin Millpied et ses casquettes

"Hearts and Heroes"  de Benjamin Millepied @ Michel Cavalca

« Hearts and Heroes » de Benjamin Millepied @ Michel Cavalca

Le matin même, Millepied s’était présenté à la conférence de presse de la Biennale en garçon américain, casquette de baseball et chaussettes rouge et noir à l’appui. Voulait-il souligner, par sa tenue de hipster, qu’il sépare bien les choses et qu’il est toujours temps de changer de casquette début novembre ?

Pulsation permanente, légèreté, lyrisme et surtout optimisme, des interprètes comme sur un nuage, clarté des structures spatiales, cohérence totale entre tous les éléments.Si Hearts and Heroes n’ouvre pas de nouvelles autoroutes chorégraphiques, la pièce peut provoquer une drôle d’envie de retrouver la fougue d’une époque  où plein de choses se construisaient, où les arts et la technologie préparaient la dernière étape de leur fusion.
Ce flux cinétique semble couler d’une source intarissable. Et si les trois filles et cinq garçons donnent souvent l’impression d’être un seul organisme qui se contracte et se déploie à nouveau, on y note tout autant la présence très marquante de chaque personnalité.
Hearts and Heroes déploie un vocabulaire qui évoque le ballet autant que les comédies musicales des sixties. Mais la manière de changer de direction à tout instant, à l’horizontale autant qu’en verticale, rappelle aussi cette fébrilité qui a offert au monde la break dance. Et si les 80’s étaient la synthèse d’un siècle de danse ?

Hiroaki Umeda, silhouettes vacillantes

Comme pour le confirmer, la grille blanche sur les shorts et jupes noirs n’est pas sans rappeler les trames mouvantes des projections dans Peripheral Stream du Japonais Hiroaki Umeda qui ouvre la soirée.

"Peripheral Stream" dHiroaki Umeda @ Michel Cavalca

« Peripheral Stream » dHiroaki Umeda @ Michel Cavalca

Ici, l’œil affronte l’inconnu. L’enjeu est de brouiller la lisière entre un corps tout de noir vêtu et l’espace blanc dans lequel il évolue. Et si le vocabulaire chorégraphique est trop schématique pour marquer durablement les mémoires, on n’est pas près d’oublier la vision des silhouettes criblées de lignes mouvantes faisant vaciller les contours jusqu’à donner l’illusion que les corps se désintègrent.

"Peripheral Stream" dHiroaki Umeda @ Michel Cavalca

« Peripheral Stream » dHiroaki Umeda @ Michel Cavalca

Cependant, à la création au Théâtre du Châtelet, sur un plateau plus large qu’à la Maison de la Danse, le procédé était plus efficace.

Roy Assaf, la danse qui se raconte

Entre ces deux pièces aussi antagonistes que possible,  II Acts for the Blind, la création de Roy Assaf, était elle-même scindée en deux. D’abord, des actions chorégraphiques apparemment abstraites. Ensuite, une partie « explication ». À l’acte premier, des costumes couleur chair et l’absence de toute idée sur la finalité du matériau chorégraphique employé. À l’acte second, les personnages se révèlent au monde au moment en se lissant dans leurs costumes et leurs identités fictionnelles.

"II Acts for the Blind" de Roy Assaf @ Michel Cavalca

« II Acts for the Blind » de Roy Assaf @ Michel Cavalca

Charlie Hodges, égérie de la compagnie, fait le narrateur-bruiteur déjanté. Dans cette parodie de la culture américaine, de ses mythes aux dessins animés et son engouement pour la rapidité, on esquisse parfois un arrêt supplémentaire dans l’univers des tableaux d’Edward Hopper. Et l’abstraction apparente de la première partie se révèle être un véritable puits à images. L’effet est comparable à une « traduction » simultanée des mudras dans un spectacle de Kathakali, sauf qu’ici la conception même part du mouvement et que toute narration reste fragmentaire et allusive. Le rire en prime…

"II Acts for the Blind" de Roy Assaf @ Michel Cavalca

« II Acts for the Blind » de Roy Assaf @ Michel Cavalca

Si Peripheral Stream aborde subtilement l’onde de choc générée par le cataclysme nucléaire de Fukushima, si II Acts for the Blind interroge quelques preceptes de l’American Way of Life, Hearts and Heroes crée des lignes de tension très dynamiques entre l’individu et le groupe, explorant l’histoire de la danse de manière revigorante. Ces deux dernières créations mondiales de la Biennale 2014 savent tisser intelligence et plaisir.

Thomas Hahn

Lyon, Maison de la Danse, du 29 septembre au 4 octobre 2014

Directeur fondateur : Benjamin Millepied
Collectif de créateurs : Charles Fabius, Nicholas Britell, Matthieu Humery, Nico Muhly

Peripheral Stream / Création 2014 — Chorégraphie et concept visuel : Hiroaki Umeda
Création 2014 / Première mondiale — Chorégraphie : Roy Assaf
Création 2014 / Première mondiale — Chorégraphie : Benjamin Millepied – Musique : Phillip Glass

En collaboration avec les danseurs : Stephanie Amurao, Anthony Bryant, Aaron Carr, Julia Eichten, Charlie Hodges, Morgan Lugo, Nathan Makolandra, Rachelle Rafailedes

Benjamin Millepied est artiste associé auprès de la Maison de la Danse et de la Biennale de la danse de Lyon

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