« Le Vide » / Essai de cirque

"Le Vide" @ D.R.

« Le Vide » @ D.R.

Le trio Gehlker, Auffray, Diaz Verbèke, fait une relecture du Mythe de Sisyphe d’Albert Camus et met totalement à nu la structure conique du théâtre Monfort. C’est donc une impressionnante ossature métallique, de toute beauté, et une perspective vertigineuse, obligeant parfois le spectateur à se renverser pour mieux suivre l’action, qui s’offrent au premier regard. Au sol, un joyeux désordre, des fauteuils en vrac, avec au centre, un plateau rond qu’affleure une dizaine de cordes blanches suspendues dans les hauteurs.

La corde lisse ici, n’est pas un simple support à d’harmonieuses ou périlleuses figures de cirque faites pour mettre en valeur l’artiste, mais bel et bien un partenaire avec lequel Fragan Gehlker engage un corps-à-corps et qu’il tente d’apprivoiser.

Sur cet axe souple, le cordéliste avance, parfois doucement, s’enroule, passe du repli à l’étirement, puis il bondit, pivote, exécute des pirouettes surprenantes, horizontal, vertical, oblique, défiant constamment le vide. Il a une aisance remarquable, une maîtrise impeccable, jamais en force. À l’instar de l’antique héros poussant son rocher, il monte et chute inlassablement puis recommence, sans découragement, sa perpétuelle ascension.

 

"Le Vide" @ D.R.

« Le Vide » @ D.R.

Là n’est pas le propos d’éblouir ou d’épater, et pourtant c’est bien de vertige et de stupeur que l’on est pris en voyant Fragan monter toujours plus haut, surtout que les cordes, rebelles, semblent incontrôlables. Elles cassent, se dénouent, tombent sans prévenir, l’une s’écrase platement au sol, l’autre lâche juste en dessous du héros perdu d’un coup à 15 mètres du sol et dont la chute ne tient qu’à un fil, si on peut dire …

Brrr… ça fait peur mais aussi, tension oblige, ça fait rire.

 

Plus bas, beaucoup plus bas, Alexis Auffray, sorte d’inventeur gentiment allumé orchestre ce corps à cordes par une mise sonore ingénieuse. Il s’affaire, bidouille, fracasse son bric-à-brac, enfin tire de son violon quelques notes sublimes. À l’arrière plan Maroussia Diaz Verbèke, signe une dramaturgie qui n’est pas sans rappeler l’inventivité explosive des Mosjoukine dont elle est co-fondatrice.

 

"Le Vide" @ D.R.

« Le Vide » @ D.R.

 

"Le Vide" @ D.R.

« Le Vide » @ D.R.

La proposition, en plus d’être visuellement très forte, illustre parfaitement la notion d’absurde, invite à la réflexion existentielle, pose (et répond avec talent) la question  : comment fait-on du cirque aujourd’hui ?

Un essai de cirque vraiment subtil et très drôle de bout en bout, si tant est qu’il y ait un bout puisqu’ il n’y aura jamais de fin. Forcément …

 

Marjolaine Zurfluh

 

Le Monfort théâtre jusqu’au 11 octobre.

Auch . Festival CIRCa. 17 au 19 octobre.

 

 

 

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